Entretien avec Mathieu Saintout, responsable de la Bibliothèque Interdite et d’Eclipse

Mythologica.net : Bonjour Mathieu et merci de prendre quelques minutes pour répondre à nos questions. Cette interview est motivée par un constat finalement assez simple : peu de gens connaissent la Bibliothèque Interdite hormis les amateurs des univers Warhammer. Personnellement chez Mythologica nous trouvons cela dommage et nous souhaitons donc mettre en avant ta maison. Comment s’est créée la Bibliothèque Interdite et quelle a été sa démarche éditoriale jusqu’à ce jour ?

Mathieu Saintout : J’ai créé la Bibliothèque Interdite en octobre 2004, nous avons donc presque 6 ans ! Après avoir travaillé chez Games Workshop pendant de longues années, notamment au studio de traduction, j’ai décidé d’acquérir les droits du catalogue des romans de Black Library, la maison d’édition du géant de la figurine. Jusqu’à ce jour, nous n’avons travaillé qu’avec des licences de jeu, Warhammer et Warhammer 40,000, mais aussi Magic chez Hasbro. Et c’est en reposant sur l’assise de notre expérience que nous avons décidé de nous lancer dans l’édition généraliste, en acquérant les droits de plus de 80 romans, notamment chez Orbit UK, Tor, NAL, ROC, Solaris, Angry Robot… Nous avions déjà quelques contacts, notamment avec l’ancien directeur de publication de Black Library, qui a fondé par la suite Angry Robot, ce qui nous a permis, par exemple, de signer notamment un roman de Dan Abnett, l’un de nos meilleurs auteurs du catalogue Warhammer !

M.net : Quel a été le succès rencontré en France par ces deux univers particulièrement emblématiques des jeux de plateau que sont Warhammer et Warhammer 40.000 ?

M.S. : Le succès de ces gammes a été énorme ! Nous avons déjà vendu plus d’un demi-million de romans. Les principaux succès étant nos séries L’Hérésie d’Horus et Les Fantômes de Gaunt de Dan Abnett, deux séries de science-fiction, étrangement à l’inverse du courant des ventes généralistes en fantasy et science-fiction !

M.net : Penses-tu que la Bibliothèque a servi à faire connaître à des lecteurs auparavant férus de fantasy et de SF les univers développés par Games Workshop, voire les a amenés aux jeux ?

M.S. : Je pense que la fraction de lecteurs découvrant les univers de Games Workshop grâce aux romans est très faible. L’immense majorité de nos lecteurs sont des joueurs ou ont été des joueurs dans leur jeunesse. La force de cette licence étant aussi lié au fait qu’après plus de 30 ans d’existence, de nombreux joueurs sont maintenant adultes et peuvent éprouver du plaisir à lire des romans de leurs univers de jeunesse.

M.net : J’ai appris à travers l’éditorial du dernier Bifrost que la Bibliothèque allait commencer à publier des titres hors licences au vu des achats de droits qui ont été effectués. Peux-tu nous en dire plus sur ces futures sorties ?

M.S. : Bien sûr, nous lançons notre nouveau label en fin d’année : Eclipse ! Ce label va nous permettre de publier tous les romans que nous aimons, de la fantasy, à la bit-lit en passant par l’horreur, les zombies, le steampunk ou la science-fiction ! Nous avons quelques titres particulièrement alléchants, comme Boneshaker de Cherie Priest, nominé au Nebula Awards 2009, au Hugo Awards ainsi qu’au Locus Award, Emissaries from the Dead de Adam Troy-Castro, gagnant du Philip K. Dick Award en 2009, ou la série du Death Dealer de Frank Frazetta, une antique série de sword & sorcery comme il n’y en a plus beaucoup ! Ensuite, nous avons beaucoup de coups de cœur, comme Abraham Lincoln, Tueur de Vampire, une parodie historico-vampirique de la vie du président américain par le même auteur que Orgueil et Préjugés et Zombies, ou encore La Folie des Anges, un superbe roman d’urban fantasy se déroulant à Londres. L’un de mes préférés reste Chronique de l’Armageddon de J. L. Bourne, un roman de zombies sous forme de journal intime plébiscité par les lecteurs américains, mais la liste est longue…

M.net : La Bibliothèque Interdite semble donc vouloir se positionner comme une maison d’édition à part entière et non plus comme une entité publiant les licences d’un éditeur de jeu. Cela te semble-t-il un défi à relever au vu de la pléthorique production actuelle ? Que penses-tu du marché actuel des littératures de l’imaginaire ?  De nombreuses personnes se plaignent d’une surproduction de la part de certains éditeurs mais les parts de marché semblent en croissance. Comment envisages-tu l’avenir commercial de ta maison dans ce contexte particulier ?

M.S. : Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde sur le marché. Peut-être pas sur tous les genres, mais dans le secteur urban fantasy et bit-lit, je crois que nos futurs romans trouveront un public, de part leur originalité ou leur caractère.

M.net : Nous avons beaucoup parlé de la Bibliothèque mais assez peu de toi. Comment en es-tu venu à diriger cette maison ? Quel a été ton parcours professionnel et quelles sont selon toi les qualités d’un bon éditeur en matière d’imaginaire ?

M.S. : Je ne viens pas du sérail de l’édition, et c’est, je pense, un avantage pour moi. Je ne cherche pas à faire comme les autres, mon objectif est de publier des romans qui me plaisent, à moi, et à ma génération, les 25/40 ans, élevés à la culture américaine, aux séries télé comme X Files, Babylon 5 ou Buffy… Nous allons essayer d’être un éditeur générationnel plus que de genre. N’importe quel lecteur avec ma sensibilité ou mon historique culturel pourra se retrouver dans nos publications. Nous allons encourager les gens à aller d’un style littéraire à l’autre, comme on zappe d’une série télé à l’autre, pour s’oxygéner les neurones ou découvrir d’autres genres. On voit bien au cinéma par exemple que les gens peuvent aller voir Clash of the Titans et The Crazies la même semaine, pourquoi ne pas faire de même en littérature et proposer des ouvrages variés en fonction des courants ? Je pense que les qualités d’un éditeur sont de connaître son lectorat, de connaître son époque et de trouver les romans qui vont avec, tout simplement ! On peut donner aux lecteurs de bons romans, mais s’ils ne sont pas prêts à les lire, cela ne sert à rien. Alors que si on trouve le bon roman, au moment où les gens veulent lire ce genre de littérature, on a tapé dans le mille !

M.net : On dit que beaucoup d’éditeur et de lecteur d’imaginaire sont également des auteurs. Est-ce ton cas ?

M.S. : Pas du tout ! Je pense que chacun maitrise son job, et le mien est de trouver des bons romans et de les publier, je laisse à des gens bien meilleurs que moi le soin de les écrire !

M.net : Quel est ton roman préféré en matière d’imaginaire ? Quel genre affectionnes-tu tout particulièrement ?

M.S. : C’est facile, je ne jure que par le cycle de Dune de Frank Herbert… C’est et cela reste le meilleur roman de science-fiction à ce jour pour moi. J’adore aussi Caleb Carr, notamment son premier roman L’Aliéniste, ou encore le cycle d’Ambre de Zelazny.

M.net : Quelles aspirations portes-tu pour cette année 2010 ? Et pour les années suivantes ?

M.S. : J’espère que les gens continueront à lire et que nous saurons nous adapter aux nouvelles générations de format de livre, électronique ou numérique pour proposer la meilleure sélection de titres aux lecteurs !

Entretien réalisé par Deuskin

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About Deuskin

Deuskin est administrateur de Mythologica depuis 2009. Passionné de littératures de l’imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site.