Mythologica.net : Bonjour Peggy. Peu de gens te connaissent sous ton vrai nom car tu officies le plus souvent en tant que Chaperon Rouge sur Psychovision.net, excellent site dédié lui aussi à l’Imaginaire. Tu sors aujourd’hui de « l’anonymat » web pour diriger le renouveau des Editions Lokomodo. Ce petit éditeur a commis quelques maladresses éditoriales par le passé et s’attache maintenant à redorer son blason en publiant en poche des rééditions de titres d’auteurs français. Comment en es-tu venue à diriger la collection/maison d’édition Lokomodo ?
Peggy Van Peteghem : Bonjour Mythologica et tout d’abord merci de me donner l’occasion de pouvoir parler de mes nouvelles fonctions au sein des éditions Lokomodo !
Alors en fait tout s’est passé très simplement. Je connais les éditions Lokomodo depuis leur création et j’ai eu l’occasion de chroniquer certains de leurs titres inédits pour le site Psychovision. Une base de confiance s’est établie, le courant est rapidement bien passé avec l’éditeur et lorsque celui-ci s’est rendu compte qu’il devait faire appel à quelqu’un pour diriger la collection poche (notamment par faute de temps et pour s’entourer de personne connaissant bien le milieu de l’imaginaire), il a accepté de me faire confiance. C’est d’ailleurs sur la proposition d’un autre directeur de collection de la maison d’édition que je suis arrivée là. Merci encore à lui, il se reconnaîtra !
M.net : Comment se passe ton travail ? Sur quels critères sélectionnes-tu les textes à republier ?
P.V.P. : Les éditions Lokomodo publient des rééditions dans les genres fantastique, fantasy, SF et polar, avec un rythme de publication de deux ou trois titres par mois. Concernant le choix des ouvrages, j’essaie donc dans un premier temps d’alterner les genres de manière à ce que l’un ne soit pas largement plus représenté que les autres. Et il en va de même pour les romans et les recueils de nouvelles. Les polars sont encore minoritaires, je dois le reconnaître (un seul titre en 2011), mais surtout parce qu’il faut tester la réception de ce genre au sein d’une maison d’édition liée à l’imaginaire et aussi parce que, pour être tout à fait franche, c’est un domaine que je connais nettement moins. On y va donc doucement pour faire les meilleurs choix en fonction des attentes des lecteurs et en s’entourant des bonnes personnes !
Ensuite, au niveau du choix des titres en eux-mêmes, plusieurs critères sont pour le moment décisifs: En premier lieu la qualité des ouvrages et le regret que j’ai de ne plus les voir disponibles en librairie ! Je me suis donc en majeure partie dirigée dans un premier temps vers des ouvrages édités il y a quelques années dans des maisons d’édition aujourd’hui disparues ou en sommeil. D’une part pour redonner une nouvelle visibilité à ces auteurs et aux ouvrages épuisés qui méritent largement une nouvelle vie mais aussi parce que la maison d’édition étant encore très jeune et devant faire ses preuves, aussi bien littérairement que financièrement, il est beaucoup plus sain pour nous de rééditer des titres définitivement épuisés. Mais cela tendra bien évidemment à évoluer au fil du temps ! Et puis il y a aussi les titres coups de cœur, les ouvrages auxquels on a envie de donner une seconde vie en format poche, juste parce qu’on espère que les lecteurs nous suivront.
J’ai donc finalement le beau rôle dans le monde de l’édition comme me l’ont fait remarquer plusieurs fois des auteurs avec humour: pour le moment je vais chercher directement les auteurs et je les contacte pour leur proposer une réédition de leur ouvrage. Jamais de refus, rarement d’attente, c’est moi qui vais directement à eux avec une bonne nouvelle ou une proposition qu’ils n’attendaient pas ou plus… Et finalement c’est très bon pour le moral, rien n’est plus agréable que de pouvoir faire une proposition concrète à un auteur que l’on admire et que l’on désespère de ne plus pouvoir trouver en librairie !
M.net : Est-ce difficile de reprendre en main un catalogue déjà grevé par quelques insuccès critiques (les ventes ont, elles, été au rendez-vous) ? Cela a-t-il été dur d’imposer ta vision de ce que devait être le catalogue d’un éditeur poche ?
P.V .P. : Il est vrai que jusqu’à présent certaines critiques ont été un peu dures envers le catalogue des éditions Lokomodo, mais je crois que c’est en grande partie du à un manque de communication autour des titres et de la démarche de l’éditeur. J’ai pour ma part été ravie de retrouver en poche un grand nombre des ouvrages édités par les éditions Nuit d’Avril aujourd’hui disparues et je salue l’initiative des éditions Lokomodo de permettre à de jeunes auteurs de bénéficier d’une réédition de leurs ouvrages. C’est une démarche encore trop rare en France. On sait très bien que le marché du livre est difficile, de plus en plus même, et très peu de jeunes auteurs et surtout francophones ont la chance de bénéficier d’une réédition en format poche, permettant une plus grande visibilité et un achat plus spontanée en raison du format mais surtout du prix de vente très modique.
Donc pour te répondre, non, ce n’a pas été dur du tout d’imposer ma vision du futur catalogue puisque Ludovic et Hervé, les deux créateurs des éditions Lokomodo, partageaient déjà la même vision du poche que moi. Restait juste à concrétiser tout cela et à dégager du temps et de la disponibilité pour contacter de nouveaux auteurs et étoffer et diversifier le catalogue. C’est pour cette raison qu’ils ont fait appel à moi.
Je pense d’ailleurs que c’était mon seul réel critère en commençant l’aventure: diversifier le catalogue afin de ne pas enfermer les éditions Lokomodo dans une sorte de Nuit d’Avril bis qui serait forcément trop réducteur. Nous continuerons forcément à rééditer en poche au fil du temps certain des titres des éditions Nuit d’Avril car ils le méritent au vue de leur qualité, mais à côté de cela je voulais aussi vraiment ouvrir le catalogue à de nouveaux horizons, en allant chercher des titres de qualité chez d’autres éditeurs aussi bien en fantasy qu’en science-fiction, mais aussi des auteurs parfois plus connus pour montrer l’ambition des éditions Lokomodo de se développer et d’offrir du poche et de la réédition de qualité. Construire une base saine et solide pour développer le catalogue au fil du temps.
Et j’ai eu la chance de ne pas reprendre le travail de quelqu’un d’autre en devant rentrer dans le moule d’une vision déjà fixée et établie. Là, tout est nouveau, quasi tout reste à faire et à définir selon la réception des différents titres par nos lecteurs. C’est donc passionnant et j’apprécie véritablement cette liberté que m’offrent les éditions Lokomodo, cette chance de pouvoir véritablement travailler main dans la main avec des auteurs qui m’ont fait rêver et voyager depuis des années, d’avoir enfin l’occasion de pouvoir leur proposer quelque chose de concret. Avec Psychovision j’essayais déjà de soutenir et de défendre les auteurs de talent, les initiatives intéressantes, les jeunes auteurs, mais une chronique ne reste qu’une chronique, aussi élogieuse et passionnée soit-elle. Là, j’ai vraiment le sentiment de faire quelque chose pour soutenir les auteurs et c’est franchement passionnant !
M.net : Peux-tu d’ores et déjà nous en dire un peu plus sur ce qu’il va advenir de Lokomodo au cours de l’année 2011, qui sera cruciale ?
P.V.P. : Alors à partir de janvier, la collection prend en effet un véritable tournant. Les deux principales critiques dont tu parlais tout à l’heure ont été envers le prix de vente trop élevé et les couvertures pas toujours très attirantes et nous allons donc tout faire pour remédier à cela. Pour les couvertures c’est forcément plus subjectif mais je vais essayer de m’entourer d’illustrateurs sérieux et talentueux pour offrir des visuels à la hauteur des textes. Et en ce qui concerne le prix de vente, c’est là où nous jouons le plus gros car nous allons désormais nous aligner sur le prix des concurrents en poche. Les livres seront vendus entre 6 et 9 euros selon le nombre de pages, c’est-à-dire au même prix que les poches actuellement vendus en librairie pour le même format chez de grands éditeurs. C’est un gros challenge pour un petit éditeur vu le coût de production d’un livre !
En 2011, nous proposeront donc une grande variété de sorties dans tous les genres SFFF, romans et recueils de nouvelles, avec des titres parfois plus exigeants (je pense notamment à la hard-science de Jean-Michel Calvez, les accents décadents et XIXème d’Estelle Valls de Gomis ou à la fantasy psychologique d’Anaïs Cros) à côté de titres plus légers et divertissants. Deux ou trois sorties par mois avec une présence forte en salon et une diffusion en librairie. Les deux premiers titres de janvier seront d’ailleurs aux antipodes l’un de l’autre puisque l’on ouvrira le bal avec La Litanie des Anges de Céline Guillaume, un très beau roman fantastique prenant place au cœur des légendes du pays Cathares et La Tour des Illusions d’Anthelme Hauchecorne, un roman d’anticipation très cynique et grinçant, teinté d’ambiance punk et « no future ». On fait le grand écart pour débuter l’année!
Et on espère aussi que le lancement des éditions Asgard en janvier (les inédits grands formats) aidera à la promotion des éditions Lokomodo et permettra de redorer un peu le blason de la collection. Qualité et diversité ont été pour moi les deux mots-clés pour l’élaboration du planning de 2011, j’espère que vous serez du même avis !
M.net : Parlons d’une de tes autres activités puisque tu es également (comme beaucoup de directeurs de collection) auteure. Quels ont été et quelles seront tes prochaines publications ? Je me suis laissé dire également que tu allais co-diriger une anthologie fantastique aux Editions Asgard. Peux-tu nous en dire plus ?
P.V.P. : Auteure est sans doute un bien grand mot, mais disons que j’écris un peu et que j’ai eu la chance de voir certaines de mes nouvelles publiées ces dernières années. J’aime l’écriture, et ce depuis l’adolescence, mais je dois reconnaître que j’ai de moins en moins le temps de m’y consacrer. Mais quand on veut on peut, paraît-il, et deux nouvelles devraient paraître prochainement, l’une dans le prochain numéro de la revue Station-Fiction et l’autre dans l’anthologie « Eternelle Jeunesse » aux éditions Asgard en mars prochain.
Quand au projet d’anthologie, héhé ! Oui c’est un gros projet qui me tient énormément à cœur et que je co-dirige avec Thomas Riquet, le directeur de la collection fantasy des éditions Asgard, bien connu d’Actua Libria. C’est une grosse anthologie sur le thème des Ghost Stories, les histoires de fantômes. Elle devrait voir le jour en octobre prochain dans la collection fantastique des éditions Asgard et pour le moment on est en pleine lecture et sélection des textes. Et il y a déjà du très bon ! C’est une grande première pour moi (encore une fois !) et je trouve ce travail passionnant. C’est un peu déroutant de passer de l’autre côté et de juger les textes d’auteurs que l’on admire depuis longtemps, mais travailler main dans la main avec eux pour peaufiner les textes est un réel plaisir. Encore une aventure passionnante ! Je dois avouer que la fin de 2010 (et 2011 j’en suis persuadée) m’a apporté son lot de découvertes et d’enrichissement. Je n’en reviens toujours pas d’ailleurs ! J’espère simplement maintenant être à la hauteur…
M.net : Merci en tout cas de ta disponibilité et j’espère que tu rencontreras le succès dans cette vaste aventure.
Merci à toi pour cet entretien et pour tes encouragements ! Longue route à Mythologica !
Entretien réalisé par Deuskin