Magiciennes et Sorciers – Stéphanie Nicot (dir.)

Alors que le Festival des Imaginales d’Épinal se clôt aujourd’hui je vous invite à découvrir l’anthologie officielle publiée par les Éditions Mnémos et dirigée par la directrice artistique de cet évènement, Stéphanie Nicot. Après un premier essai intitulé Rois & Capitaines qui ne fut rien moins que la meilleure anthologie fantasy de l’année 2009, les deux partenaires récidivent en s’attaquant cette fois aux personnages des mages. S’il est un type de héros particulièrement emblématique de la fantasy ce sont bien ces êtres doués de magie, chez qui l’étude et une certaine forme de vice sont innés. Le programme proposé est donc alléchant et la liste d’auteurs invités à participer à cet évènement est des plus intéressante : Pierre Bordage, Charlotte Bousquet, Fabien Clavel, Lionel Davoust, Jean-Claude Dunyach, Laurent Gidon, Julien d’Hem, Jean-Philippe Jaworski, Maïa Mazaurette, Sylvie Miller, Justine Niogret, Sire Cédric, Rachel Tanner, Philippe Ward et Erik Wietzel. Des auteurs maison donc, mais aussi d’autres qui viennent bousculer leurs habitudes de genre pour proposer le meilleur de leur imaginaire.

La couverture de cette anthologie est de nouveau signée Julien Delval. Particulièrement réussie, une fois de plus ai-je envie de dire…, elle met en situation une magicienne dans ce qu’elle a de plus magique et de plus inquiétant, entourée de braseros, et dans une position menaçante… L’ensemble colle donc à merveille au contenu de l’anthologie. Seul bémol concernant cette couverture : dans le premier opus des anthologies Imaginales la couverture était mate et rendait d’un plus bel effet. Or ici le vernis appliqué vient finalement gâcher une partie de l’esprit de collection que l’on aurait pu vouloir ressentir en possédant les deux ouvrages.

La préface de Stéphanie Nicot est, comme à son habitude, un modèle du genre : concise, présentant à merveille les intentions de l’anthologie et les textes des auteurs. A lire avant de débuter la lecture des textes afin de se mettre dans cette ambiance si particulière d’une anthologie.

Mais commençons avec la présentation que l’éditeur fait de son anthologie…

« L’enchanteresse devina que le sorcier ne se laissait pas abuser par tous les charmes hallucinatoires ; derrière le voile chatoyant de la fantasmagorie, il percevait la réalité première de l’île, et il se déplaçait en fait sur le court trajet menant de la grève à la demeure de sa cible. Il traversa les landes aux tourbières dangereuses ; il s’enfonça dans les bois enchantés en trébuchant sur les racines, mais sans marquer la moindre hésitation. »

Réalisée en partenariat avec les Imaginales, le festival d’Épinal où le meilleur des auteurs de la fantasy française et mondiale se retrouve chaque année, Magiciennes & Sorciers s’inscrit dans la lignée de Rois & Capitaines, salué par une critique enthousiaste qui y a vu « sans doute la meilleure anthologie de fantasy francophone parue à ce jour » (ActuSF).

Autour de l’un des grands thèmes du genre, cette seconde anthologie a convoqué les maîtres de la fantasy épique − et quelques révélations issues de la nouvelle génération −, victimes des sorts les plus puissants. Magicienne du « Vieux Royaume » ou sorcière basque, femme humiliée vengeresse ou victime des forces du Mal, sinistres Moires de la famille Tengelli ou « chiens rouges » revenus d’entre les morts, ils sont tous là… Entrez dans les mondes fascinants de Magiciennes & Sorciers !

Entrons maintenant dans le vif du sujet avec les nouvelles. Et là ce n’est pas vraiment une surprise de dire qu’elles sont d’une qualité exceptionnelle. Pour débuter cette anthologie quelle n’a pas été ma surprise de découvrir Sire Cédric dans un exercice de style particulièrement ardu : sortir de sa thématique fantastique pour proposer un texte fortement inspiré par Robert Howard avec de la bonne fantasy bien bâtie, à l’ancienne, avec des sorciers, des femmes, des guerriers. Cela n’était pas forcément acquis que ce changement de genre se passe bien la fantasy et le fantastique ayant un fossé d’écart. Et pourtant Sire Cédric parvient à nous faire vibrer avec sa plume aussi leste qu’à son habitude mais dans un registre totalement différent. On se prend à espérer qu’il se lance un jour dans un cycle de fantasy tant le plaisir que j’ai pris à la lecture de Cœur de Serpent.

La nouvelle suivante est signée Laurent Gidon, auteur Mnémos dont le personnage atypique de Djeeb a fait le succès. Il nous propose ici une vision de Djeeb l’Encharmeur. A la fois ridicule et terriblement attachant on se prend au jeu de ce beau parleur atypique et l’on sourit de ses facéties. Un bon texte qui prépare à merveille la sortie de Djeeb l’Encourseur dont les premiers exemplaires ont été vendus sur le Festival. Toiles déchirées de Charlotte Bousquet reprends les univers de ces deux derniers romans, Arachnae et Cytheriae, et nous proposent une histoire assez sombre et triste mais pourvue d’un ficelage excellent. On sent que l’auteure maîtrise vraiment son texte et qu’elle est l’une des meilleures auteures d’imaginaire francophones à ce jour. Le texte de Maïa Mazaurette est également une franche réussite. Exaucée est un modèle de fantasy humoristique, ou tout au moins cynique. Cette jeune apprentie qui ne maîtrise pas tout de sa magie est assez drôle mais il manque quelque part un certain souffle épique que l’on retrouve dans les autres textes de cette auteure et de cette anthologie. Une bonne nouvelle donc mais sans plus… Si ce n’est une fin totalement inattendue et surprenante. La troisième femme de ce triptyque de nouvelles féminine est signée Justine Niogret, qui vient juste de remporter le Grand Prix de l’imaginaire 2010. Dans la nouvelle T’humilierai elle nous propose une fois de plus une vision très sèche d’une personne assez spéciale. Particulièrement intéressant à lire on se prend presque d’affection pour l’héroïne si elle n’était pas… si bête ?

Le texte suivant est un retour plutôt énergique à l’épique avec Erik Wietzel. La rédemption d’un sorcier est un point de vue intéressant. Sa dernière quête, les découvertes en pagailles et certains personnages particulièrement atypiques font de L’Ultime Illusion une excellente nouvelle. Rachel Tanner vient ensuite nous proposer une histoire de Judith de Braffort, In Cauda Venenum, où le danger est à chaque détour du chemin… La Margot de Julien d’Hem utilise sa magie afin de se venger et cela offre au lecteur un goût sucré sur la langue que le style délié de cet auteur vient enrichir.

Les nouvelles qui suivent viennent conclure cette anthologie haute en couleurs. L’Autre de Pierre Bordage est un texte très sombre et atypique qui pourrait bien surprendre le lecteur peu habitué à sa vision de l’imaginaire. Philippe Ward et Sylvie Miller nous proposent une sorcière basque en pâture aux puissants dans Le crépuscule des maudites. Très bien écrit à quatre mains ce texte mets une fois de plus leur talent en exergue et notamment leur capacité à puiser dans le passé pour nourrir le présent. Jean-Claude Dunyach, maître de l’imaginaire, envisage une nouvelle plus humoristique avec un troll et ses notes de frais dans Respectons les procédures. Tordant. Le Troisième Hypostase de Jean-Philippe Jaworski explore des terres connues du « Vieux Royaume » qui ont fait son succès. Comme à son habitude sa nouvelle est flamboyante. Lionel Davoust et Fabien Clavel clôturent, avec respectivement Quelques grammes d’oubli sur la neige et Chamane, cette anthologie. Le texte de Lionel Davoust est comme à son habitude d’une qualité littéraire rare avec cette fable dont la fin est finalement assez inattendue. Chamane est un texte beaucoup plus ancré dans le réel et permets au lecteur de réellement redescendre vers les terres sur lesquelles nous vivons après ce voyage aux multiples couleurs.

Car c’est bien ce que nous offre Magiciennes et Sorciers : un voyage dans l’imaginaire en forme de kaléidoscope, où les visions d’une quinzaine d’auteurs sur la magie viennent s’entrechoquer, se bousculer et pourtant à merveille se coordonner. Si Rois & Capitaines était la meilleure anthologie de fantasy de l’année 2009 selon ActuSF alors Magiciennes et Sorciers parvient sans peine à l’égaler. Ma plus grande surprise restant le texte inaugural et inattendu de Sire Cédric. Jetez-vous sur cette anthologie qui vient résumer en quatorze textes l’essentieel de ce qu’est capable de produire l’imaginaire français. Et croyez-moi, c’est absolument sublime…

Magiciennes et Sorciers
Stéphanie Nicot (dir.)
Mnémos
20 €

Deuskin

About Deuskin

Deuskin est administrateur de Mythologica depuis 2009. Passionné de littératures de l’imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site.