Malpertuis II – Thomas Bauduret (dir.)

Les Éditions Malpertuis ne sont plus à présenter. En effet, au fil des années, elles se façonnent une réputation de qualité nullement abusive. Cette nouvelle anthologie sombrement titrée Malpertuis II ne déroge pas à cette règle. Bienvenue entre ses pages où se dissimule le panorama annuel des meilleurs textes fantastiques du moment.

Le premier, Lavée de Nico Bally, privilégie le percutant et non pas la longueur. Il y est question d’une lavandière qui nettoie bien plus que des vêtements dans l’eau. L’esprit humain est parfois si complexe…

L’assassin viendra ce soir de Brice Tarvel met en scène un adolescent confronté à un bien étrange jeu télévisé où il découvre à l’écran qu’un tueur est lâché sur sa famille, en commençant par son père. Une course contre la montre, mais surtout contre la mort. Vous ne regarderez plus la TV du même œil.

Ce qui est moi de Ophélie Bruneau nous met dans la peau d’une jeune femme dont la sœur n’aurait pas dû défier le rebouteux du village et qui subit, au travers elle, la malédiction en retour. Le témoignage poignant d’une sombre réalité.

Dans Rendez-vous nocturne de Jacques Fuentealba, un homme attend la venue de son ex-femme pour un rendez-vous annuel bien particulier. Il se plaint qu’elle le retrouve toujours malgré ses changements d’adresse. Et pour cause… Un secret à découvrir au dernier chapitre.

Le texte Mon ami de papier de Ketty Steward joue la carte de l’étrange et du sordide où une jeune fille s’entiche d’une photo qui a fait la une des journaux. Intéressant d’un point de vue psychologique, mais un peu éloigné du fantastique des autres textes.

Has-been Blues de Franck Ferric nous immerge dans les errances d’un vieillard, limite clochard, qui suit la route toujours en direction de l’ouest. Un vampire d’un genre différent aux états d’âme originaux. Le mythe du vampire revu et corrigé dans une veine toute américaine.

Écrit à quatre mains par Melanie et Steve Rasnic Tem, la nouvelle le dixième disciple entraîne le lecteur dans la descente aux Enfers d’une jeune mère qui désire beaucoup pour son enfant. Jusqu’à en confier le sort à un vampire de renom. Encore une histoire de vampire, mais dans un registre totalement différent de la précédente.

Particulièrement original, les mille visages de Johan Scipion permet la rencontre avec une femme disposant d’un pouvoir singulier. À savoir, celui d’altérer inconsciemment son corps en fonction des goûts de son amant du moment. Une excellente nouvelle qui pourrait donner lieu à un roman fort distrayant.

Les multiples coups de téléphones reçus par le héros de Sollicitude écrit par Jan Thirion peuvent sembler étranges. Pourtant, ils sont parfaitement cohérents avec la chute. Les questions du début trouvent toutes une réponse.

Lien de famille de Sylvain Bonnet véhicule une histoire si simple et pourtant si complexe où le goût du sang agit comme un hypnotique appel au meurtre. Un texte à lire tranquillement pour mieux l’apprécier.

Décharge d’adrénaline de Dominique Molès est porté par un style sculpté avec finesse sur l’emploi des mots. On y lit la bataille d’une femme luttant contre des infirmiers qui semblent prendre un malin plaisir à œuvrer d’une manière bien différente de notre ordinaire. Brillant !

Le texte de Christophe GarreauTais-toi, porte en titre la phrase que son héros ne peut pas prononcer sous peine de rendre muet ses interlocuteurs. Une existence difficile pour celui qui doit toujours prendre garde à ses paroles. Jusqu’au jour où… Un bon rebondissement final.

Sarkophagos de NokomisM a pour décor une maison ancestrale dans laquelle il vaut mieux être invité. Ce que va découvrir avec horreur le petit groupe de délinquants venus détrousser ses habitants attitrés. Certes, les histoires de demeures « originales » ne manquent pas, cependant, ce texte baigne dans une ambiance où se noie rapidement le lecteur.

Battu par le bruit des vagues, Enchantemer de Pierre-Alexandre Sicart ressuscite le mythe des sirènes en l’étayant de faits anciens. Un marin s’y trouve plongé entre attirance et répulsion jusqu’à passer par-dessus bord. Assez loin des récits habituels sur les femmes vivants sous l’eau, ce texte apporte son lot de poésie et d’aventures.

Dans un style tout à la fois plus contemporain mais porteur d’un fantastique sombre, Bernard Leonetti nous dépeint sa version de la prédatrice rodant le long des ruelles d’un quartier défavorisé dans sa nouvelle Mygale. Comment est-il possible d’affronter la nuit après sa lecture ?

Un parfum de Solange de Claude Bolduc détaille les sentiments contradictoires d’un homme qui ne peut s’empêcher de sentir la mort chez lui depuis que sa petite amie y est décédée. Du coup, tout semble étrange autour de lui jusqu’à ce qu’il comprenne enfin pourquoi… Une atmosphère bien intrigante pour ce texte profondément ancré dans le fantastique.

Par opposition, ce dernier traverse La route de Emmanuelle Maia d’une manière éthérée, pour ne pas dire, invisible. Cependant, les souvenirs du vieil homme qui en occupe la première place véhiculent bien assez d’idées noires pour remédier à cette absence. Plus réel que fantastique, mais percutant tout de même.

Serena Gentilhomme livre au lecteur, dans Bois-moi, la vie compliquée d’une femme atteinte de TOC entraînée dans un voyage organisé qui la terrifie. Brisant finalement ses chaînes comportementales, elle s’enfuira vers un duo endormi depuis fort longtemps. Une nouvelle insolite où la dernière phrase supporte à elle seule une grande part de son essence profonde.

Dans La douleur et la danseuse de Jo Belley, le fantastique cède la place à une poésie bien réelle entourant la vie d’une vieille dame, autrefois danseuse, forcée de vivre avec une partenaire bien peu agréable : la douleur ! De nouveau, le témoignage d’une existence qui prend aux tripes sans avoir recours à l’imaginaire.

L’idée de base de la nouvelle Le génie littéraire de Michaël Moslonka vaut le détour. Un homme y ouvre un livre contenant un génie au nom hilarant mais à la puissance magique tangible. Du moins, pour qui sait en user avec parcimonie… Un texte excellent, bourré d’humour, mais tirant des ficelles pouvant conduire le lecteur vers de nombreux rêves plus ou moins éveillés.

Lily et la petite souris de Romano Vlad Janulewicz nous transforme en spectateurs d’une famille sordide où existent des pratiques bien répréhensibles et pourtant tristement répandues dans notre société. C’est alors qu’intervient la « petite souris » du titre et l’existence des victimes s’en trouve libérée d’un grand poids tant moral que physique. Bien qu’axé sur une dépravation inacceptable, cette nouvelle rappelle que, parfois, il existe une force plus forte que la justice pour punir les véritables monstres de notre existence.

À la fin de ce voyage de Santiago Eximeno confronte un vieil homme au bout du rouleau avec de bien étranges hommes en costumes arrivés durant la dévastation d’un cyclone. Un duo venu lui proposer un voyage vers un endroit particulier… Bercée par un tempo particulier, l’histoire semble vivre de son plein gré sans trop se soucier de ceux qui l’entourent…

Georges Mugand emploi un style sortant totalement des sentiers battus de la littérature dans 2765, Saint-Zotique où il est question de visites à un individu vivant dans une maison aux murs couverts de livres. Un original qui sait tout sur tout mais dont il faut savoir écouter sans interrompre si l’on veut glaner des informations exploitables. Un texte étonnant, pour ne pas dire surprenant, tant par son rythme que par son développement.

Beaucoup plus léger en frôlant le poétique, Christian Simon démontre les effets merveilleux de L’air du temps qui redonne courage à une petite fille dont la mère se trouve alitée. Où l’espoir et les souvenirs s’avèrent les meilleurs des remèdes…

Attendez-vous à un voyage bien plus sombre et angoissant en empruntant L’autoroute de Marija Nielsen. Une nuit noire, une famille dans une voiture, une panne et voici que le serpent d’asphalte devient le théâtre d’une affaire sordide mais terriblement proche de notre réalité. Impossible de rouler de nouveau, de nuit, après une telle lecture !

Premier jour de Lucas Moreno s’avère moins aisé à lire tant les protagonistes sont entourés de zones d’ombre. Fort heureusement, au fil de la lecture, l’écheveau se dénoue et l’enquête policière permet de comprendre le pourquoi et le comment du meurtre source de toute l’histoire. Des chapitres croisés qu’il faut parcourir avec attention pour s’imprégner de l’histoire et ne pas en perdre le fil.

Jean-Michel Calvez fait très fort avec son Morpho Helix. Sous ce titre énigmatique se dissimule un texte percutant qui joue avec nos peurs les plus primaires. Il met en scène un jeune couple emménageant dans une maison dont le propriétaire arbore de bien étranges cicatrices. Rapidement, la femme s’entaille le visage sans savoir comment. Mais est-ce bien un accident ? Là encore, un texte qui laisse derrière lui une porte ouverte aux pires cauchemars !

Enfin, l’anthologie se termine dans Les installations de Jess Kaan où l’on suit les mésaventures d’un homme, issu de la télé-réalité, enlevé par des inconnus et abandonné au beau milieu d’une zone déserte parsemée de bâtiments délaissés. Il n’est pas le seul, puisqu’un couple et une vieille dame errent également dans ces installations perdues au milieu de nulle part. Un lieu presque hors du temps tant il paraît ancien. Là où la seconde nouvelle du recueil nous montrait les risques pour les spectateurs des émissions, celle-ci s’inquiète du devenir des participants. Après tout, est-ce réellement un texte de fiction ?

Pour résumer, Malpertuis II est l’occasion de parcourir vingt-neuf textes adoptant chacun un style et un rythme propre. Sous la plume des différents auteurs, le fantastique y apparaît dans toute sa force ou en simple filigrane. Un voyage dont il est difficile de revenir vers la réalité du quotidien sans une question au fond du cœur : « à quand Malpertuis III ? »

Malpertuis II
Anthologie
Éditions Malpertuis
2010

16€

Indy

About Indy

Constamment en équilibre entre le monde réel et celui, plus onirique, de son inspiration, Indy vit sa passion littéraire à la manière d’un explorateur découvrant sans cesse de nouveaux horizons. Ecrivain autodidacte, il affectionne tout particulièrement la Fantasy, la Science-fiction et le Fantastique.