Muséums – Christophe Thill (dir.)

Muséums… Généralement, je trouve les préfaces ennuyeuses. Mais là, elle nous met immédiatement dans l’ambiance et donne envies de découvrir les 34 (!) nouvelles de cette superbe anthologie. Je tiens à remercier ceux qui en ont eu l’idée et en particulier l’anthologiste qui ne nous propose que des nouvelles de qualités !

« Palais de la science, institution culturelle, mais aussi lieu de rêverie, le muséum est un endroit riche d’une indéniable et complexe poésie. De nombreuses présences s’y côtoient : brillants chercheurs et obscurs employés, visiteurs parfois studieux et parfois beaucoup moins, à la recherche d’une information, d’un sujet de croquis, voire d’un lieu de rendez-vous discret… Sans oublier ses véritables stars, qui toisent la foule du haut de leur piédestal ou du fond de leur vitrine : qu’elles soient récentes ou antédiluviennes, animaux, végétaux ou minéraux, ou bien encore objets manufacturés.

A travers ces 34 nouvelles, parcourez des musées réels ou imaginaires et découvrez leurs secrets. Quels mystères tous ces cabinets et ces tiroirs de bois verni peuvent-ils bien recéler ? »

La couverture, signée Mandy, est belle et reflète bien l’univers et l’atmosphère d’un musée. Cependant, le traitement très informatique de l’image lui fait perdre un peu de charme.

La première nouvelle, Guide du muséum de Rascanges de François Fierobe, nous met bien en jambe avec une visite d’un musée un peu particulier. Avec la dernière, Seul de Jean-François Lubin, on voit très bien que l’anthologiste a construit son livre car nous avons une nouvelle d’introduction et une nouvelle de fin.

Pour le reste, les 32 autres nouvelles nous proposent toutes les facettes des musées, souvent sombres. Cela a été un grand plaisir de les dévorer, surtout les nouvelles qui touchaient aux cabinets des curiosités. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, un cabinet des curiosités était un lieu où de riches personnes exposaient toutes sortes d’objets sans liens les uns avec les autres (en Bretagne, il y a eu le célèbre cabinet du président de Robien).

Souvent, le musée rime avec horreur ! Entre les tentacules qui jaillissent des tableaux (Le secret du Canalleto de David Miserque), des statuettes qui vous « dévorent » (L’objet K de A. Kowsky), des crânes qui vous rendent fou (Le musée des Damnés de Léo Lallot), ou encore les bébés dans du formole qui vous tuent (Bicéphalite de Julien Heyllbroeck), on n’a plus forcément envie de mettre les pieds dans ces lieux de science.

Mais heureusement, il y a encore et toujours des instants de poésie avec Voleur d’Emmanuelle Cart-Tanneur. Et de l’humour avec L’affaire de l’épidémie dansante de Nico Bailly (elle m’a fait vraiment beaucoup rire !) ou Le directeur des ressources humaines ; l’autre de Mathias Moucha.

Diplômée en archéologie, j’ai été particulièrement touchée par Pazuzu (33 O 21 S / 44 O 25 E) de Jes Kaan qui évoque la sauvegarde du passé, l’odieux pillage du musée de Bagdad lors de l’offensive américaine ainsi que ces « collectionneurs » qui enrichissent leur collection sur le dos des peuples.

Ensuite, j’ai eu un coup de cœur pour Le musée des vapeurs de Frank Ferric, avec son musée consacré à l’odorat et aux substances volatiles.

Une petite déception sur Echographie d’un petit pois. Le titre est très alléchant mais la nouvelle, même si elle est très bien, ne m’a pas donné satisfaction.

La Tourbière de Romain Champion commence bien avec son héros qui se fait enfermer dans un musée (quel fantasme !). Mais je suis un peu restée sur ma fin.

Une palme pour Tourbe millénaire qui met en scène un petit rat dans le British Museum qui est témoin de choses étranges autour de l’homme de Lindow.

Une petite remarque qui pourrait passer pour un défaut : assez peu de nouvelles abordent le thème de la sculpture. Certes il y a bien celle sur les statues de cire, dans L’éveil d’Aurélie Ligier, ou bien un automate dans Les rouages du destin de Terry Montcalm, mais ce n’est pas de la sculpture pure et dure.

Les thèmes qui reviennent assez souvent sont la paléontologie et la taxidermie, avec les galeries d’histoires naturelles. D’ailleurs, j’ai lu de nombreuses nouvelles avec un sourire aux lèvres car je connaissais les musées évoqués (La Rochelle, Paris, Lyon). Le dodo est aussi très présent, qu’il soit personnage central ou simple évocation.

Tous les auteurs ont su, malgré les styles d’écriture ou le genre de la nouvelle, rendre hommage à ce lieu de science. A chaque fois, même dans le plus fou, on y retrouve toujours cette ambiance qui fait toute sa magie.

Muséums est une excellente anthologie où chaque nouvelle est une vraie perle. Pas une seule ne m’a ennuyée. Une véritable réussite ! Un livre que je recommande à tous les vacanciers ou à ceux qui ne partent pas…

Muséums
Christophe Tills (dir.)
Edition Malpertuis
18 €

Xian Moriarty

About Xian Moriarty

Je m’appelle Xian Moriarty, étudiante en archéologie. Je suis passionnée par mes études mais ce n’est pas la seule chose que j’aime. Comme passe temps, j’écris des histoires et des nouvelles, le plus souvent touchant au domaine du fantastique. J’essaie aussi de lire un maximum, avec une préférence pour les romans vampiriques. Ces créatures sont une de mes passions depuis mon plus jeune âge. Mais ne me parlez pas du phénomène Twilight, ça me donne des boutons…Je lis aussi du cape et d’épée, des contes et quelques polars…Et je mets les critiques sur mon blog.