La revue phare Ténèbres, devenue une anthologie annuelle depuis 2007, continue de nous faire frissonner à chaque nouvelle publication. La mouture 2010 ne fait pas exception à la règle. Jugez plutôt :
Tout d’abord, la couverture qui attire l’œil de loin tout en laissant présager le meilleur. Elle est signée Les Edwards (http://www.lesedwards.com/), dont le talent graphique n’est plus à démontrer. Seul bémol, son style « choc » prête un peu à confusion car elle n’illustre guère les écrits regroupés. En fait, il s’agit surtout d’un clin d’œil au film L’exorciste, tiré d’un roman de William Peter Blatty, dont un entretien exclusif est justement disponible dans Ténèbres 2010.
Le premier texte est titré Le seuil sous la plume de Glynn Barrass. Une excellente entrée en matière de l’anthologie, tout à fait dans l’esprit de Ténèbres. L’histoire met en scène un groupe de mercenaires, armés jusqu’aux dents et animés de mauvaises intentions, embauché pour aller assassiner un savant travaillant sur une nouvelle source d’énergie. Comme l’on s’en doute rapidement (surtout si l’on a vu Aliens), ces « gros bras » vont se trouver bien mal en point en étant confrontés à une horreur sans nom auquel rien ne les a jamais préparé. Une nouvelle qui vous prend aux tripes et vous entraîne dans les tréfonds des peurs viscérales.
Jouant une carte différente, beaucoup plus subtile, Noël en Enfer de Orson Scott Card nous présente une âme errante qui rencontre un bien étrange Père Noël. Un bon rythme pour un texte tout en finesse, même s’il peut rebuter certains lecteurs par son fantastique en filigrane.
Dans Coupe de Dena M. Martin le lecteur suit les découvertes hors normes d’un garçon amateur d’objets tranchants. Une ambiance plutôt glauque, pour ne pas dire dérangeante, voire, fascinante. Guère fantastique, certes, mais efficace.
Le texte suivant est Charles de Steve Rasnic Tem où une mère rend visite à son fils pour le mettre en garde la veille de son mariage. Elle estime qu’il ne peut pas épouser une jeune femme puisqu’il est mort depuis longtemps. Un texte qui marche sur une corde de funambule tendue entre folie et réalité.
Arrive ensuite la partie de l’anthologie consacrée à William Peter Blatty. Une nouvelle inédite, Terry et le loup-garou, est suivie d’une longue interview effectuée par Brian Freeman. Il est ainsi possible de découvrir que William Peter Blatty, pourtant très connu pour L’exorciste, est avant tout un auteur plus à l’aise dans les textes comiques. De mon modeste point de vue, l’interview s’avère bien plus intéressante (surtout en tant qu’auteur) que la nouvelle. En effet, cette dernière paraît totalement « hors-sujet » par rapport au reste de l’anthologie. Bien écrite, indéniablement, mais pas du tout à sa place.
Fort heureusement, Jean-Pierre Planque (connu pour son Flash Infini http://jplanque.pagesperso-orange.fr/Infini/Flash.htm mensuel) relance la vapeur et le train de l’anthologie reprend de la vitesse avec sa nouvelle Les Morts avec les morts. Bien que certains lecteurs y ont trouvé une trame liée à la folie, il semble bien qu’il y soit question des deux dernières visites d’un ami à un autre. La première et la seconde n’étant pas du tout du même acabit. Un texte tout en subtilités qu’il convient de lire tranquillement pour l’apprécier à sa juste valeur.
D’étranges créatures qui enlèvent les vivants pour d’obscures raisons bien éloignées de la logique humaine peuplent les nuits du texte Les Faucheurs de Jason Sanford. Entre horreur et interrogations, cette nouvelle donne matière à réfléchir sur les notions de bien et de mal si chères à notre humanité.
De l’importance d’un grain de sable pour traverser le royaume des morts de Aurélie Ligier est d’une grande originalité. L’auteur y détaille les difficultés rencontrées par les âmes des défunts suite à la disparition d’une coutume funéraire ancestrale. Une nouvelle qui vaut le détour.
Également excellente, bien que réellement trop courte à mes yeux, Cendres de Laird Long apparaît comme une pépite à peine dégagée de sa gangue de terre. Il y aurait tant à écrire sur cette maison où s’accumule bien trop de poussière pour être exempte de risques. Une lecture bien agréable.
Enfin, l’anthologie se termine sur Masques de Eugie Foster. Force est de constater que ce texte a bien mérité son Prix Nébula 2009. Le lecteur y découvre une insolite société où hommes et femmes changent quotidiennement de masque. Bien plus que de simples artifices vestimentaires, ces masques les dotent d’une identité totalement différente. Sentiments comme envies, voire, pulsions, demeurent liés au masque jusqu’au soir, puis diffèrent totalement le jour suivant. Une existence presque idyllique qui cache une absence totale de libre arbitre et de bien sordides secrets. Jusqu’au jour où le héros se retrouve démasqué à tous les sens du terme. Une fin en apothéose pour cette anthologie fantastique (sans jeu de mot).
Vous l’avez sans doute déjà compris, Ténèbres 2010 détient un fort potentiel pour les amateurs de fantastique, sans oublier celles et ceux qui apprécient de lire un petit texte le soir au fond du lit. Pourtant, une fois la lumière éteinte, vous pourriez bien frissonner encore en repensant à votre lecture. Je vous souhaite néanmoins de passer d’excellentes nuits !
Ténèbres 2010
Anthologie
Dreampress.com
11 €