Avec L’engouement phénoménal des joueurs pour la grande saga Final Fantasy depuis de nombreuses années, on aurait presque pu oublier que Square Enix développe aussi quelques jeux dans d’autres univers. En effet il peut être dangereux pour un éditeur de ne concentrer ses recettes que sur une seule licence phare car c’est devenir trop dépendant du succès de cette licence et de mauvaises ventes peuvent avoir des conséquences dramatiques.
Fruit d’une volonté de diversification de la part de Square Enix The Last Remnant est sorti des studios japonais fin 2008 sur PC, Xbox 360 et Playstation 3. A l’époque les jeux de rôle étaient encore peu courants sur consoles pompeusement qualifiées de « next gen » et The Last Remnant était celui qui avait bénéficié des plus gros budgets. Mais pourquoi revenir aujourd’hui sur un jeux aussi ancien?
Il se trouve que la part des jeux de rôle au tour par tour japonais en Europe a bien diminuée au profit des Action RPG plus occidentaux. Alors peut-être qu’étant petit j’ai été bercé un peu trop près des RPG japonais (j’ai encore des images résiduelles de Mystic Quest imprimées sur ma rétine), mais ce genre me manque beaucoup aujourd’hui.
Alors la sortie de The Last Remnant à petit prix m’a donné une bonne excuse pour me plonger dans un genre comme on en voit de moins en moins en Europe. Reste à voir si ce jeu reste une affaire intéressante près de trois ans après sa sortie.
HISTOIRE
Vous incarnez Rush Sykes, un jeune Mitra de 18 ans,dans un monde parsemé de rémanences. Il s’agit d’anciens artefacts chargés de magie dont l’origine et l’utilisation première sont aujourd’hui inconnues. Dans ce monde cohabitent quatre espèces bien distinctes: Les mitras qui sont l’équivalent des humains tels qu’on les connait, les yamas, les sovanis et les Quisitis. Les rémanences aujourd’hui prêtent leurs pouvoirs à ceux qui concluent un pacte avec, et les plus grandes puissances mondiales se battent pour contrôler ces sources de puissances phénoménales. Le danger principal est qu’une entité puisse prendre le contrôle d’un grand nombre de rémanences et donc totalement perturber l’équilibre des forces entre les différentes nations.
Mais pour notre gentil adolescent de personnage principal, toutes ces préoccupations sont lointaines car son seul objectif est de retrouver sa petite soeur qui a disparue. Et très vite sa recherche va l’emmener au premier plan d’un conflit opposant de puissantes factions pour le contrôle des capacités incroyables des rémanences.
L’ambiance de cet univers est un mélange bien japonais entre le médiéval fantastique et le 19e siècle. Cet univers chargé d’histoire est assez travaillé et on a vite envie d’en apprendre plus. Malheureusement la narration du jeu ne se base absolument pas sur la découverte de ce monde mais plutôt sur la vie du jeune héros et de sa famille. Chose assez frustrante tant leur histoire personnelle est peu développée (voire même carrément insignifiante comparée aux possibilités potentielles d’un tel univers).
Rush Sykes notre héros sans peur, sans reproche et sans charisme
SYSTÈME DE JEU
Le système de jeu est original, c’est le moins qu’on puisse dire, voire même assez déroutant au début. En effet il a été conçu pour que les personnages de votre équipe puissent s’assembler en unions. Et ensuite vous contrôlez seulement les actions de l’union comme s’il s’agissait d’une seule est même personne. C’est à dire que vous donnez un ordre global et que chaque personnage de l’union agira en fonction de cet unique ordre.
Le menu de création des unions
Dans un sens cela est très pratique pour gérer des combats de grandes envergures, on a tôt fait de se retrouver à gérer des conflits opposant votre héros accompagné d’une douzaine de personnages à une myriade de monstres (eux aussi rangés en unions bien évidemment). Alors gérer une union comme s’il s’agissait d’une entité unique a des avantages, à commencer par les points de vie. Il s’agit simplement de l’addition des points de vie de chaque membre. Et que ce soit le même membre qui se fasse frapper ou pas, c’est la même barre de vie globale qui diminue. De plus il permet des choix très rapides, ce qui peut résoudre de grands conflits en peu de temps (par rapport a d’autres systèmes de jeu plus classiques). Du coup les combats sont très dynamiques, et c’est grandement aidé par une mise en scène pêchue et des Quick Time Event à effectuer pour déclencher les coups critiques
Déclenchement des coups critiques par QTE
Par contre ce système comporte de nombreuses limites: tout d’abord on ne peut pas gérer les actions de chaque personnage individuellement, il faut jongler entre quatre ou cinq choix contextuels imposés au début de chaque tour. On se sent vite limité, surtout au niveau de la gestion de la stratégie et des points de vie de chaque union. Et cela est d’autant plus flagrant en début de jeu où on ne contrôle qu’un faible nombre de personnages. Ce système a le mérite d’être original mais il demande un temps d’adaptation pour être assimilé et je persiste à penser qu’il n’est pas tout à fait au point.
Une union de 3 personnages avec la liste des actions individuelles au gauche qui correspond à l’ordre sélectionné à droite.
Ensuite dans un aspect plus global, The Last Remnant semble être un jeu plutôt porté sur l’action rapide et la gestion simplifiée des personnages et de leurs évolutions. Déjà on ne contrôle l’inventaire que de Rush, tous les autres personnages se débrouillent. Ensuite l’évolution des compétences (comme l’apprentissage d’un nouveau pouvoir d’attaque ou même une progression des points de vie) se fait automatiquement en fonction de votre façon de jouer et sans faire apparaitre de « niveau » à proprement parler. Plus vous utilisez « l’entaille » plus son efficacité progressera, et son nom évoluera pour marquer la progression: double entaille, double entaille brusque, etc… On a donc affaire à un système plus naturel que de simplement distribuer des points de compétences là où on le souhaite. C’est assez sympathique. Par contre ne pas pouvoir gérer soit même les autres personnages est assez frustrant. Tout comme l’est la gestion des objets dans le jeu.
En effet, peu d’armes sont disponibles pour le personnage, et ce n’est pas vraiment le système de modification des armes qui égayera tout cela. Car pour modifier vos armes et les rendre plus puissantes voire même en créer de nouvelles vous allez devoir utiliser des éléments trouvés ça et là dans les différents lieux que vous traverserez. Mais ces éléments sont trop nombreux, trop dispersés et il ne s’agit que de noms… Pas de représentation graphique, pas réellement de classement, et pas on plus de logique dans tout cela. Ce système est assez obscur et encore une fois assez frustrant.
Menu de modification des armes
Parlons des lieux rencontrés maintenant: Une suite de couloirs! Les niveaux sont assez grands mais ce se sont que des tunnels sans fin, et sans aucune autre raison d’être que de vous faire affronter un maximum d’ennemis. Et encore une fois ce ne sont pas les quêtes annexes qui vous feront changer d’avis car elles consistent principalement à aller dans un niveau déjà parcouru plusieurs fois pour détruire un monstre en particulier. Et même les quêtes un peu plus originales comme celles vous demandant d’aller parler a différents personnages et de récolter certains objets sont rongées par les temps de chargement continuels. On a vraiment l’impression que ces quêtes optionnelles ont été ajoutées à la dernière minute pour rallonger la durée de vie du jeu sans pourtant prêter d’attention à leur donner un quelconque intérêt scénaristique. Mais si vous vous accrochez pour les faire toutes, alors mission accompli, vous aurez passé énormément de temps a tuer des monstres souvent trop faibles pour vous rapporter suffisamment d’expérience pour faire progresser vos personnages et en guise de récompense vous obtiendrez un multitude d’objets aussi énigmatiques qu’inutiles.
Encore une discussion passionnante avec un PNJ
CONCLUSION
The Last Remnant est un titre dont le développement semble avoir été confié simultanément à deux studios différents, l’un excellent et l’autre à la limite de l’incompétence. En effet le jeu regorge de bonnes idées comme une gestion des combats par union et non pas simplement par personnages, un système d’évolution basé sur votre façon de jouer, une monde qui semble cohérent et plein d’énigmes sur son origine. Mais aussi d’une multitude d’erreurs monumentales (pour reprendre les termes préférés d’un célèbre acteur Autrichien): Des personnages absolument sans saveur, des dialogues plats comme la Belgique, des clichés scénaristiques gros comme des maisons, un système d’inventaire inintéressant et absolument aucune liberté de décision dans le jeu.
De plus les scénaristes ont commis un crime impardonnable: tuer un des seuls protagonistes un tout petit peu charismatiques du jeu pour une raison qui dépasse l’entendement. Alors vous allez le faire progresser comme les autres, dépenser du temps à le former pour l’utiliser, voire même vous y attacher un tout petit peu (oui un peu seulement hein, on est dans The Last Remnant, pas dans Fable), pour qu’au final il finisse par mourir sans que vous puissiez y faire quoi que ce soit! Et vous aurez perdu tout ce que vous lui aurez donné bien évidemment (et puis de toute façon cette mauvaise idée n’a rien d’original car elle a déjà été vue dans Final Fantasy).
Je tiens tout de même apporter une note positive par rapport aux musiques du jeu. Composées avec soin par Tsuyoshi Sekito (qui a travaillé sur plusieurs Final Fantasy auparavant), elles sont pour la plupart vraiment belles et collent parfaitement à l’ambiance de chaque lieu visité. Et même celle des combats, pourtant répétitive à souhait comme dans la plupart des RPG, n’est pas tellement dérangeante.
Bref ce jeu est à la fois une source de moments plutôt sympathiques ou d’espoir pour la suite de l’aventure, suivis de grands moments de frustration, tout cela s’alternant sans réellement de continuité. C’est comme la gestion de la difficulté du jeu qui semble totalement aléatoire. Le jeu est facile dans son ensemble sauf certains passages à la difficulté carrément démoniaque.
Alors je sais que je peux paraitre énervé en décrivant The Last Remnant mais le fait de voir tellement de bonnes idées tourner au vinaigre de cette façon est assez irritant, je dois l’admettre, même si au final je ne peux pas dire que ce soit un mauvais jeu. Il s’agit simplement d’un jeu dont la carrure ne correspond pas du tout à ses prétentions.
EN RÉSUMÉ
Il s’agit d’un des premiers jeux de rôle à sortir sur Xbox360 et Playstation 3 et l’age commence à se faire sentir. Le système de jeu est à la fois très original et trop brouillon, comme s’il s’agissait d’une simple expérience de game design. L’univers est très sympathique mais le scénario beaucoup trop manichéen et les personnages sont sans saveur. Par contre si vous accrochez au système de combat (véritable point positif du titre), que vous arrivez à prendre les dialogues insipides au quinzième degré et que vous êtes en manque de jeu de rôle pour cet été, The last Remnant vous procurera de très nombreuses heures de jeu. Pas forcément les plus passionnantes mais assez pour vous distraire et calmer un peu votre soif de combat au tour par tour, et ce pour un prix des plus raisonnables.
Mise à jour de dernière minute : je viens d’apprendre que la version PC sortie plus tardivement semblait corriger quelques uns des défauts du système de jeu que j’ai cités tout au long de cette critique. Cela pourrait valoir le coup d’y jeter un oeil.
Sources : http://na.square-enix.com/remnant/pc.html
Charly


Bonjour,
le scénario de ce RPG partait sur de bonnes bases mais le gameplay m’a carrément rebuté. Complétement atypique. Je n’ai jamais pu le maîtriser à plus de 50 % (sans parler des synergies).