Les Editions Argemmios ont pris l’habitude de nous proposer des ouvrages liées aux mythes d’excellente qualité. Fer de lance de cette qualité, l’anthologie Les Héritiers d’Homère. Mais cette maison n’édite pas que des anthologies loin s’en faut, et après l’excellent Les Débris du Chaudron voici venir un autre roman faisant la part belle à la mythologie, slave cette fois. Viviane Etrivert n’est pas non plus une inconnue de la scène imaginaire puisqu’elle ne commet pas ici son premier roman loin de là. Que va donc donner l’association d’un éditeur indépendant reconnu pour la qualité littéraire de ses titres et une auteure de la nouvelle scène imaginaire française ? Réponse tout de suite.
La couverture de Krystal Camprubi est absolument sublime. Ce village sous la neige, cette procession de fête précédée de ce qui semble être une mariée montée sur un puissant cheval inspirent réellement le lecteur que je suis. Les composantes slave et mythique se ressentent vraiment au fil des détails, ce qui est un grand plaisir. Cette illustratrice se fait bien trop rare pour que l’on ne le regrette pas… La présentation de l’éditeur nous donne une bonne idée du contenu du roman et surtout de l’ambiance:
An de grâce 1599.
Renaissance tardive.
Au carrefour des influences slaves et germaniques, alors que les guerres de Religion persistent à déchirer l’Europe, la Moravie conserve ses traditions d’un autre âge et sa mémoire païenne, dans une paix fragile. Mais là où les femmes se rassemblent pour se transmettre le vieux savoir, au travers de gestes immuables, certains hommes ont beau jeu de parler de sorcellerie et de brandir un terrible ouvrage : le Malleus maleficarum. Noël approche. À Ostrov, on se marie. Dans les rues de Velky, les barbora distribuent des cadeaux et la troupe des loups-garous, bruyante et paillarde, fait charivari. Neige et tempête. Dans les bois, près du Rocher de l’Ourse, rôde un inquiétant loup gris à trois pattes. Et un moine étrange va et vient, demandant aux passants pétrifiés si son hurepiau lui sied bien. La fête peut-elle se poursuivre, quand des crimes se commettent dans l’ombre ? Et que faire, quand la Justice tombe soudain entre les mains d’un sinistre individu ? D’abord, répondre à la question que tous se posent : qui a tué le juge Michna ?
S’il est une chose que je peux affirmer dès maintenant c’est que Masky est une de ces perles d’imaginaire que l’on ne veut surtout pas se voir arracher. De petites créatures de l’imaginaire slave, à l’inquisition du XVIème siècle en passant par les us et coutumes des populations de Moravie, j’ai été surpris de bout en bout. En effet par moment il m’a semblé lire un excellent roman historique, détaillé à souhait. Dans le cadre de la fantasy historique Pierre Pevel est souvent cité comme une référence puisqu’il pousse très loin ses recherches. Eh bien désormais je citerais également Viviane Etrivert qui a su me transporter de mon canapé ou mon siège de métro vers les terres enneigées de son récit par la force de détails précis, de descriptions sublimes,… Preuve en est du niveau de technicité souhaité par l’auteur : nombre de notes de bas de page explicatives viennent émailler le récit, lui donnant une crédibilité tant au niveau de la prononciation des noms que de petits détails techniques de la vie morave. Cela montre qu’Argemmios ne prend pas ses lecteurs pour des imbéciles même s’ils lisent de la fantasy et cela fait bien plaisir à voir…
La part d’imaginaire de ce récit est au centre même du roman bien entendu et à aucun moment le lecteur que je suis en s’est ennuyé. Comme je le disais on retrouve dès les premières pages tout le folklore morave et au fil du récit le lecteur verra s’ébattre devant lui toutes les croyances, les coutumes propres à ce pays et à cette période historique. J’ai personnellement trouvé cela fort intéressant puisque peu de récits existent sur cette région d’Europe.
La composante thriller est elle aussi très importante. En effet de bout en bout le lecteur va vivre une enquête trépidante sur les traces du tueur du juge. De même le mystère créé par cet enigmatique moine n’est pas en reste. Une véritable enquête se déroule donc en parallèle de la chasse aux sorcières qui se déroule elle-même en marge de la vie urbaine et monotone. Il est habituel d’entendre dire que le fantastique arrive lorsque le quotidien déraille. Eh bien Viviane Etrivert nous propose exactement la même chose mais en fantasy, ce qui est plutôt rare. Elle pose un univers de légendes et d’histoire et le fait dérailler ver sl’inconnu par le biais d’un assassinat. Plutôt sympathique comme vision, non ?
A ces excellents points il faut ajouter le style pointu et très littéraire de l’auteur. Loin de privilégier l’action elle prend le temps de nous décrire les lieux étranges, inconnus de nous, dans lesquels ses personnages évoluent. Au-delà de l’aspect sublime de ces descriptions, il faut ajouter au crédit de l’éditeur que je n’ai relevé aucune coquille gênante. Cela est suffisamment rare en imaginaire pour mériter d’être souligné…
Masky est un de ces OVNI de l’imaginaire que l’on voit parfois passer dans notre ciel trop souvent peuplé de vampires, de vaisseaux spatiaux et de dragons. Car oui l’imaginaire peine désormais à innover réellement mais avec Viviane Etrivert le dépaysement est au bout du sentier. Un polar fantasy dans la Moravie du XVIème siècle, il fallait oser et cette auteur que je découvre dans ce roman l’a fait. Sublime la plupart du temps, inquiétant à d’autres, le dosage est parfait, le style impeccable et le livre en lui-même bénéficie d’une réalisation irréprochable. Que demander de mieux ?
Masky
Viviane Etrivert
Argemmios
20 €