Tout simplement énorme ! Chien du Heaume est un petit bouquin qui ne paye pas de mine mais qui a l’étoffe des grandes épopées d’autrefois. Un seul roman de Justine Niogret aura suffi à me faire devenir un admirateur conquis. Le style de l’auteure est comme un nouveau souffle pour moi, qui m’a emporté pour me plonger dans les abysses d’un Moyen-âge que j’affectionne tant et que je redécouvre à travers la vision originale de Justine Niogret. Pas si fantaisiste que ça d’ailleurs… Un grand bravo pour cette œuvre qui vaut les prix qu’on lui a attribués.
Chien du heaume, un surnom gagné au prix du sang et de la sueur par celle qui ne possède plus rien que sa hache, dont elle destine la lame à ceux qui lui ont pris son nom. Mais en attendant de pouvoir leur sortir les viscères, elle loue son bras et sa rage au plus offrant, guerrière parmi les guerriers, tueuse parmi les loups. De bien curieuses rencontres l’attendent au castel de Broe où l’hiver l’a cloîtrée : Regehir, le forgeron à la gueule cassée, Lynge à la voix plus douce que les mœurs, le chevalier Sanglier et sa cruelle épouse de dix printemps. Au terme de sa quête, Chien trouvera-t-elle la vengeance, la rédemption ou… autre chose ?
Retour en arrière ! Je me revoie plus jeune lisant mon premier roman de Chrétien de Troyes, dévorant avec le même appétit un voyage hors du commun au goût moyenâgeux. J’ai retrouvé dans Chien du Heaume une certaine authenticité, un retour aux sources mêmes de la fantasy. Quel plaisir ce fut de frissonner à travers la noirceur de ce monde ô combien réaliste ! Ce réalisme est accentué par l’étonnante exactitude du travail de Justine Niogret qui nous livre son savoir-faire de forgeron, mais également son amour pour notre Histoire.
Sur le scénario en lui-même, Chien du Heaume part sur une idée très intéressante. Le protagoniste n’est autre qu’une femme, guerrière charpentée adepte de la hache de guerre. Nommée Chien du Heaume par ceux qui l’ont croisé, la mercenaire va traverser de dures épreuves pour retrouver le nom donné à sa naissance. Ce nom mystérieux semble lié à la hache qu’elle porte, arme héritée de son père dans d’atroces circonstances. Notre guerrière va donc parcourir des terres souvent hostiles sous leur vêture hivernale, faisant face à la pauvreté, la saleté et la cruauté de ses semblables. Il n’y a dans ce roman pas d’autres magies que celle dont Justine Niogret use en nous contant brillamment le destin de Chien du Heaume.
On peut reprocher à l’auteure de faire tourner légèrement l’histoire en rond. Personnellement, je regrette qu’il n’y ait pas eu plus de « coups d’éclat ». Il manque en effet un soupçon de corps à l’histoire pour se sentir véritablement emporté sur les routes avec Chien du heaume. Peut-être est-ce la qualité de ce livre qui me fait regretter de n’avoir pas eu plus à me mettre sous la dent. La conclusion m’a laissé sur ma faim malheureusement.
J’aimerai évoquer un ressenti et peut-être vais-je m’avancer un peu loin. Il y a un certain côté initiatique derrière les lignes de cette œuvre. Il me semble que ce qui est en jeu n’est pas seulement la quête d’une guerrière pour retrouver son nom, mais bien une réflexion personnelle qui sous-tend la trame générale. Justine Niogret a introduit dans un scénario sombre et sans concession une douceur touchante propre à l’introspection. La brutalité du récit n’est plus un argument commercial mais donne de la profondeur aux sentiments contradictoires du protagoniste.
Pour conclure, je me suis retrouvé à travers ce roman tant ma passion pour ce type de récit s’en est trouvée rassasiée. Contant les aventures d’une femme cherchant ses origines à travers la brutalité d’un monde qui s’effondre, Justine Niogret nous apporte une réflexion qui pourrait faire écho à notre époque. Je recommande chaudement Chien du Heaume, un roman qui ne laisse pas indifférent ses lecteurs !
Chien du Heaume
Justine Niogret
Couverture de Johan Camou
J’ai Lu
5,60€