Les bons romans de fantastique horrifique français ne sont malheureusement pas légion et il est intéressant de bien noter la sortie de l’un d’entre eux. Le reproche le plus souvent fait aux auteurs français est de sombrer dans un romantisme certes fort sympathique, mais nuisant parfois aux aspects purement scénaristiques de leurs romans. Or avec Le Wagon Philippe Saimbert et Isabelle Muzart nous proposent une œuvre aux accents cinématographiques fort intéressants.
La couverture de Jimmy Kerast est absolument sublime et mérite tous les éloges. Premièrement, elle représente à merveille le roman, mais elle parvient en plus à l’aide de cette sombre forêt et de ce wagon plongé dans les ténèbres, à recréer l’ambiance lourde, poisseuse d’angoisse qui va se dégager tout au long de la lecture. Une grande réussite par un artiste en pleine explosion de son potentiel créatif.
La présentation de l’éditeur est parfaite pour nous mettre dans l’ambiance :
Un train emporte un groupe de voyageurs à la rencontre de mystérieux phénomènes, relatés par la presse locale d’un petit pays d’Europe centrale. En pleine nuit, leur wagon se détache : ils se retrouvent abandonnés au beau milieu d’une vaste forêt recouverte de brume. Dès lors, l’excursion tourne au cauchemar.
Apparitions étranges et surnaturelles, puis des morts brutales vont s’enchaîner tout au long du récit. S’agit-il d’une rencontre du troisième type ou de quelque chose de plus incroyable encore ?
Tout commence donc par un train en Europe de l’Est, au cœur d’une période que l’on sait être post-communiste et où le net existe. Pas vraiment d’autres éléments, ce qui contribue à donner un aspect intemporel au roman. Et de ce train, de ce voyage pour observer un phénomène étrange, va découler une suite d’évènements qui va plonger les occupants du wagon dans l’angoisse, l’horreur… Et c’est là que ce roman a su me surprendre : tout au long de celui-ci les évènements vont s’enchaîner, la descente aux enfers se poursuivre au rythme saccadé des mots et des chapitres.
Le personnage d’Henri Domergue, héros mystérieux du roman, est particulièrement charismatique et de bout en bout le lecteur va le suivre dans son périple, dans sa quête de compréhension des évènements qui s’agitent autour de lui. Les autres protagonistes, Lazlov, Veronika, Hunt, les enfants, ne sont pas non plus en reste et viennent créer une équipe de choc qui se verra décimée autant par les dissensions internes et la suspicion par ce qui rôde à l’extérieur. Tout cela va déboucher sur un final époustouflant aux accents épiques dignes des meilleurs romans américains du genre.
Et justement, c’est là que Philippe Saimbert et Isabelle Muzart se démarquent du reste de la production française : leur style est réellement cinématographique, tout est basé sur la vision qu’ont les personnages d’une même histoire. C’est en cela que l’on reconnaît le style de Philippe Saimbert, plus connu des bédéphiles que des amateurs de romans. Tout se passe par la vue, l’ouïe, et chaque sens s’avère finalement utilisé dans le seul but de faire frémir le lecteur, de lui faire ressentir l’angoisse de la situation. Cela a parfaitement fonctionné sur moi puisque je n’ai pu lâcher ce roman, finalement assez court (230 pages environ) avant de l’avoir fini. Heureusement que j’ai profité de mes vacances pour ce marathon vers l’horreur.
Le Wagon est donc un roman digne des maîtres américains du genre fantastique. Graham Masterton n’aurait en rien eu à rougir tant Philippe Saimbert et Isabelle Muzart nous font entrer dans leur univers, dans leur manière de décrire une action, dans l’importance qu’elle prend à chaque instant. L’angoisse qui se dégage ici est très bien retranscrite et, vous l’aurez compris, j’ai été plus que conquis par ce titre qui mérite tous les honneurs. Les jeunes Editions Asgard publient donc leur premier titre de 2011 dans la catégorie fantastique et c’est un succès immédiat. Vivement les prochains !
Le Wagon
Philippe Saimbert & Isabelle Muzart
Couverture de Jimmy Kerast
Collection Les Nuits d’avril
Editions Asgard
15 €