« Les contacteurs » est le premier tome de l’intégrale du Cycle de Lanmeur que les éditions Ad Astra vont regrouper en trois tomes.
Ce volume se compose de trois nouvelles : Ti-Harnog, L’homme qui tua l’hiver et Mille fois Mille Fleuves ; et d’un large appendice avec les poèmes et les chansons évoqués dans Ti-Harnog, une interview de l’auteur et la bibliographie de ce dernier.
« Quand les hommes de la planète Lanmeur accèdent au voyage spatial, ils ont la surprise de découvrir que d’autres humanités s’épanouissent dans l’univers. Un hasard ? Peut-être pas. Lanmeur lance alors l’idée du Rassemblement et envoie des contacteurs sur ces mondes plus ou moins avancés, avec pour mission de les intégrer à sa propre civilisation. Mais quel projet se cache derrière ces sociétés si différentes ? Qui sont les Rêveurs de l’Irgendwo, auxquels Lanmeur devra tôt ou tard se confronter ?
Voici réunis pour la première fois en intégral les romans du cycle de Lanmeur, pièce maîtresse de l’œuvre de Christian Léourier. Avec Ti-Harnog, L’homme qui tua l’hiver et Mille fois mille fleuves… découvrez les trois premiers volets de cette fresque monumentale, véritable classique de la science-fiction française. Avec ces voyages au cœur d’incroyables légendes, de peuples étonnants et de nouvelles cultures, Christian Léourier embarque le lecteur à la rencontre de l’Autre, avec le talent d’imagination d’un Jack Vance et l’intelligence de récit d’un Asimov. »
La couverture est superbe pour au moins trois raisons. La première est qu’elle est (à mon avis) une illustration de L’homme qui tua l’hiver. La seconde raison est qu’elle représente le cycle de Lanmeur et le Rassemblement : des hommes qui œuvrent pour quelque chose de plus grand que leur simple existence. Enfin, j’y vois une inspiration archéologique (qui pourrait aussi être inspiré de L’homme qui tua l’hiver puisque l’héroïne est une archéologue). L’immense face me fait penser à ses visages de la cité d’Angkor.
Ce que j’ai particulièrement aimé dans les nouvelles de ce livre, c’est que l’aspect SF n’est pas ultra présent. Je m’explique. Les vaisseaux spatiaux, les objets futuristes et technologiquement avancés sont à peine évoqués. L’univers est SF, car il est question de voyages et de contacts entre différences planètes, mais les différents mondes et sociétés ont été plus mis en avant. Je trouve que c’est exactement par ce genre de récit qu’il faut lire quand l’on souhaite aborder la SF sans s’y connaitre.
Les nouvelles de ce livre sont indépendantes les unes des autres. Il est donc possible de les lire selon son envie. Une courte présentation au début de chacune permet d’avoir connaissance des thèmes abordés : la magie, le rapport envers l’autre (la différence) et l’amour.
L’univers, ou les univers proposés ici sont assez étranges. En effet, autour de l’idée du Rassemblement, on découvre trois mondes (planètes) très différents avec des us et coutumes originaux. Les contacteurs sont à chaque fois un élément qui donne une grande cohérence à l’ensemble. Ensuite, chaque récit présente un monde avec ses règles sociales, ses croyances et ses modes de vie. Tir-Hanog m’a particulièrement plus pour cela. Traitant de la différence avec l’autre malgré une certaine ressemblance, l’auteur a su mettre au même niveau les « hommes » et les femmes ». En effet, hormis le contacteur Twern, tous les « humains » de la planète sont des femmes avant de devenir des hommes. Or à aucun moment le statut de femme n’est dégradé au profit de celui de l’homme. Les personnages féminins n’ont d’ailleurs rien de potiches : elles se battent, prennent des décisions. Mais elles sont aussi capables de tenir des foyers. En ce qui concerne les hommes, ces derniers ne perdent pas forcément leur habitude de femme : ils s’occupent aussi des enfants. La distinction entre les sexes est très effacée ! Par ailleurs, les personnages féminins sont parfaits. L’auteur a vraiment su ne pas tomber dans les clichés ou dans les préjugés que l’on trouve souvent dans les récits SF.
Tir-Hanog et L’Homme qui tua l’hiver sont difficiles à prendre en main. Les noms et les termes spécifiques aux univers font que l’on a du mal à se mettre dans le récit ou à tout comprendre. Cependant, passé ces débuts fastidieux, la lecture se fait toute seule et avec plaisir.
En effet, les trois récits sont merveilleusement bien écrits ! Les descriptions des environnements nous permettent de visualiser parfaitement les décors variés, où se déroulent les histoires. Il en va de même pour les sentiments des personnages. Sur ce point, j’ai été agréablement surprise par Mille fois milles fleuves. En effet, l’auteur (un homme) a parfaitement su retranscrire des sentiments féminins ainsi que ses désirs.
Par ailleurs, le vocabulaire est parfaitement employé et recherché. J’ai dû à de nombreuses reprises faire appel à mon dictionnaire, car j’ignorai la définition d’un mot.
La mythologie celtique (médiévale) est ici utilisée dans tous les récits. On la sent particulièrement présente dans Tir-Hanog (qui rappelle Tir-Nan-Og) avec l’utilisation des castes (conteurs, connaisseurs, marchands) ou dans Mille fois mille fleuves avec le Vieux Saumon. Ce poisson, chez les Celtes irlandais, était considéré comme porteur de la Connaissance.
Un mot sur les annexes.
Il m’est difficile de juger les poèmes et récits issus de Tir-Hanog. En effet, les chants et les poèmes ne sont pas ma tasse de thé. Cependant, je n’ai pu qu’apprécier de découvrir ses textes qui n’étaient que partiellement cités dans le récit. Cela donne un sentiment d’achèvement. Mais il faut penser à les lire en même temps que la nouvelle afin de ne pas se sentir un peu perdu à leur lecture (bêtise que j’ai faite évidemment).
L’interview a été pour moi un excellemment moyen de découvrir l’auteur : son histoire littéraire, ses inspirations.
Enfin, merci à Ad Astra d’avoir mis la bibliographie de Christian Léourier à la fin du livre. Cela permettra à ceux qui auront envie de lire d’autres productions de l’auteur (ce qui est mon cas).
Un défaut peut-être à ce premier tome. Si les contacteurs (évoqués dans le titre) sont bel et bien présents dans tous les récits, j’ai été un peu déçu de ne pas en apprendre plus sur Lanmeur, le Rassemblement. Heureusement, j’espère que les deux prochains volumes répondront à ma curiosité.
Même s’il y a eu quelque difficulté de lecture, ce gros volume (près de 400 pages de récits) se dévore avec plaisir. Par ailleurs, comme dit au début, c’est un plaisir de découvrir la SF avec un livre dans ce genre. Univers varié, écriture très mature et recherchée. Quand la 4e de couverture parle de classique de la SF française, moi je parle de chef-d’œuvre !
Les contacteurs
Le cycle de Lanmeur, l’intégral T.01
Christian Léourier
Editions Ad Astra
25 €