L’artiste du mois – Aurélien Police

Quand Aurélien entame sa carrière professionnelle à 24 ans, il fait partie de cette génération d’artistes qui ont très vite vu les formidables possibilités qu’offrait le numérique dans la création d’illustrations. C’est en travaillant sur le jeu « Rétrofutur » aux éditions Multisim en 2002 qu’il rencontre l’écrivain Jérome Noirez avec qui il partage les mêmes univers et les mêmes envies. La couverture du tome 3 de « Féerie pour les Ténèbres » de Jérôme Noirez est réalisée par Aurélien en 2003 pour les éditions Nestiveqnen ainsi que toutes les couvertures à venir de cet auteur. Lorsqu’en 2011 Le Bélial réédite « Féerie pour les Ténèbres » en 2 tomes, Aurélien produit alors une magnifique illustration qui se divise en deux parties, une pour chaque tome.

Leur collaboration ne s’arrête pas aux couvertures de romans… En 2008 paraît « Sam » aux éditions Gulf Stream. C’est un livre pour enfant où Aurélien réalise les illustrations et l’environnement graphique de l’ouvrage. Une vraie réussite qui se détache singulièrement du tout venant de l’édition de livres illustrés pour la jeunesse. Le graphisme d’Aurélien est ici adapté à la jeunesse, mais son style est immédiatement reconnaissable.

Parlons-en justement du style « Police ». Le terme « Mixed Media » convient assez bien à son travail. La photo en est un élément auquel s’ajoutent des matières scannées, du dessin au crayon, etc. Une alchimie complexe qui prend forme à la tablette graphique sur Photoshop auquel s’ajoute parfois Artrage. Il faut noter qu’Aurélien n’a pas de formation sur Photoshop… il a découvert et a exploré petit à petit ce logiciel pour se l’approprier, le plier à ses créations en parfait autodidacte. Avec cette méthode il s’est forgé une identité graphique très originale. Que ça soit dans ses personnages, ses architectures ou ses machines, un climat sombre, voir angoissant traverse son œuvre. Le style Victorien y est souvent présent et sa prédilection pour des auteurs tels qu’Edgar Allan Poe, Bram Stocker, Conan Doyle ou Oscar Wilde n’y est sans doute pas pour rien. Logique donc que le steampunk fasse aussi irruption par le biais de machines cuivrées qu’Aurélien réinvente à partir d’éléments réels et qui fusionnent parfois avec l’homme ou l’animal. Son univers est tellement marqué et riche graphiquement qu’il semblerait à première vue plus destiné au monde des galeristes plutôt qu’à celui de l’édition où l’on doit s’adapter aux divers genres littéraires dont il faut illustrer les couvertures. J’avoue qu’Aurélien ne cesse de me surprendre quand je découvre une de ses œuvres en couverture d’un roman historique, fantasy, policier, fantastique, jeunesse… Il réussit à conserver son identité graphique reconnaissable au premier regard et à coller parfaitement au genre du roman.

C’est pour les éditions Gulf Stream qu’il a réalisé à ce jour le plus de couvertures, mais on peut admirer ses illustrations en couverture de Folio SF, des éditons du Riez, Mnémos, J’ai Lu ou Mango et pour l’étranger comme les éditions nord-américaine Subterranean Press. Il travaille aussi pour la Presse où il prouve encore une fois qu’il s’adapte à toutes les commandes. Le magazine Science et Vie Junior fait régulièrement appel à lui.

Toutes les capacités graphiques d’Aurélien s’épanouissent dans ses réalisations pour des CD. Un travail d’orfèvre où la couverture du CD est déclinée dans un somptueux habillage graphique sur l’ensemble du digipack. Sa popularité va croissant dans ce domaine, dépassant les frontières. Les musiciens traditionnels amérindiens « Injunuity » ou l’artiste polonais Krzysztof A. Janczak lui confient les artwork de leurs nouveaux albums. On peut apprécier l’admirable ambiance Steampunk sur « The ClockWord Music ».

Le cinéma intéresse aussi Aurélien. Il signe l’affiche du film américain « The Last Beyond » en 2008 et c’est dans le court métrage qu’il œuvre comme directeur artistique en 2007 pour « Coupé Court » réalisé par Pascal Chind qui a obtenu plusieurs prix, et pour « Ivy » de Roxane Gautier et Damien Maheu.

En 2007, son exposition « Phrenologik » est présentée à Dijon et on pourra voir ses œuvres lors de l’exposition Steampunk « Infinite Empire » en 2007 en Tasmanie ainsi que dans d’autres expositions à Turin en 2008 et à Rome en 2009.

Quand on embrasse l’œuvre d’Aurélien, on est vite impressionné par la diversité et la cohérence de sa production, et ce, alors qu’il n’a que dix ans d’expérience professionnelle. Au regard de ses nombreuses qualités graphiques, nul doute que son travail va rapidement conquérir bon nombre de secteurs liés à l’imaginaire et qu’il n’a encore pas fini de nous surprendre… comme le montre « le Pangouin » et « Le Guépard de Bourgogne », 2 cartes postales de la série « Chimères » où l’humour et la pertinence graphique de chaque animal est bluffant…

Avant de conclure, voici, dévoilée depuis peu, l’illustration d’Aurélien pour l’affiche du 3e Festival « Les Futuriales » d’Aulnay-sous-Bois qui aura lieu le 12 mai 2012.

Et comme à chaque chronique, voici mes 3 illustrations préférées :

LE PIANISTE DÉCHAÎNÉ de Kurt Vonnegut Jr – Editions Folio SF – 2010

VORACE Tome 1 de Oisin McGann – Editions Mango – 2010

TOTORO – Fanart – 2010

 

Le site web d’Aurélien Police : http://www.aurelienpolice.com/

Michel Borderie

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