« Ah, une dernière chose : ne me jugez pas trop vite, frères humains qui après nous vivez… Je me fiche de vos larmes ; ce que nous allons faire est carrément génial, jouissif. Un vrai trip, rien à regretter. D’ailleurs, quand vous aurez ce journal en main, je serai déjà morte ».
Épitaphe
Nous sommes à Paris en 2015. La capitale est scindée en deux : la Ville Haute ou VH, abritant les riches quartiers résidentiels et une population aisée, et la Ville Basse ou VB où la drogue, la violence et la pauvreté sont monnaie courante. Clara, 16 ans, vit dans la Ville Haute.
Cependant tout n’est pas rose pour une F.F.O. (Fille Frappée d’Opprobre), surtout née in vitro grâce à un logiciel de procréation. En effet, le clan des populaires a mis un point d’honneur à pourrir la vie des F.F.O. avec un bizutage quotidien. Heureusement, Clara peut toujours rejoindre le Vengeur Toxique en se connectant sur le Vortex Urbain ou son amie Karin pour se vider la tête.
Mais sa vie de lycéenne prend un nouveau tournant lorsque Karin, pourtant issue de la Ville Basse, commence à se rapprocher du clan des populaires ; et la rencontre de Marvin, jeune homme capable de tuer avec des mots, ne va pas arranger la situation…
Le « journal infirme » de Clara Muller porte bien son nom, tout a été pensé dans ce sens : le style (écriture sur le vif, coups de cœur, coups de gueule, poèmes, langage parfois cru propre aux ados…), la mise en page et la typographie (dessins, écriture stylisée, etc.), les références culturelles (cinéma, séries télé, musique…) qui ancrent parfaitement l’histoire dans notre époque, etc. Le nouveau roman de Karim Madani est un véritable objet graphique – je me suis beaucoup amusée à parcourir les pages et à retrouver des bribes de mon adolescence – et un roman urbain de qualité pour adolescents. Le rythme est soutenu et les évènements s’enchaînent avec fluidité. On ressent parfaitement la crise existentielle que traverse Clara avec toutes les problématiques liées à son âge (scolarité, premiers amours, regard des autres…) tout en ayant ce côté un peu cyberpunk et dystopique (suprématie des technologies, disparités sociales, drogues et violences presque banalisées, corruption des hommes politiques…) surprenant au premier abord, mais pas du tout désagréable.
« C’était votre humble informateur, Court-Circuit.com, en direct des latrines bouchées et puantes de la civilisation post-industrielle ! Et n’oubliez pas : vous êtes en enfer ! » p.55.
Alors bien sûr en lectrice exigeante et trop curieuse, j’aurai aimé en savoir plus sur le Vengeur Toxique, sur Marvin, sur les capacités des enfants nés in vitro et sur toutes les choses fascinantes que l’on aurait pu faire grâce au Vortex Urbain. Mais pour cela, il aurait fallu plus de 240 pages et s’éloigner de l’histoire principale. Or Clara nous informe dès le début que c’est SON histoire et que c’est elle qui choisira SA fin. Nous sommes spectateurs, nous ne pouvons rien pour Clara. À part découvrir qui elle est vraiment…
Le « journal infirme » de Clara Muller est un roman avec lequel on prend son pied. On a à nouveau 16 ans, l’avenir devant nous et une âme d’aventurier. Tout n’est pas rose, mais on a suffisamment de force pour affronter le monde entier. Ce journal est une dose d’adrénaline, et même si la fin est inévitable, elle valait le coup.
« Cdt Aspi : Le poisson rouge nous appelle ? Merde, c’est fascinant. Je ne devrais pas dire ça, mais c’est fascinant. Ce qu’on fait ces gamines… » p.269.
Alors, prêt à rencontrer Clara ?