La réédition de la saga du Sorceleur continue chez Milady. Andrzej Sapkowski, auteur polonais, nous livre une nouvelle épopée de son personnage fétiche, Geralt de Riv, suite directe du précédent tome. S’il est un genre de fantasy que j’affectionne tout particulièrement, c’est bien la sword and sorcery. De l’action, de la magie, un univers entièrement dédié à un amusement digne des plus grands jeux de rôle. Bref, une aventure fantasy comme on en trouve trop peu en France. Mais l’inconvénient des longues séries de ce type est que le lectorat lui reproche une trop grande répétitivité des évènements et un renouvellement des intrigues trop faible. Cet auteur venu du froid aura-t-il réussi à contourner le problème ? La réponse de suite…
La couverture est une nouvelle fois, une image du jeu vidéo inspiré de la série de romans. Clairement placée sous le sceau de l’action, Geralt combat un monstre fait de bois et de métal. La pose très dynamique donne vraiment une intention aux personnages, donnant encore plus de vivant à l’illustration. Une très belle couverture pour un roman dont la quatrième plonge le lecteur dans l’univers du Sorceleur :
La jeune Ciri a été enlevée et est contrainte d’épouser l’empereur de Nilfgaard. Geralt de Riv se rue à son secours sans une seconde d’hésitation, malgré ses blessures.
Dans son dangereux périple, il sera accompagné par Jaskier, son fidèle ami barde, et d’autres compagnons de fortune.
Ils ne seront pas de trop, car la guerre sévit de tous côtés, et les magiciennes rescapées tentent de sauvegarder l’avenir de la magie…
Andrzej Sapkowski, je le dis à chaque fois, maîtrise à merveille l’art du scénario. En effet, il parvient à faire évoluer ses personnages dans des univers à la fois riches et prenants qui encouragent le lecteur à vivre réellement ces aventures. Une fois n’est pas coutume, Geralt de Riv vole au secours de Ciri, et pour cela, il va devoir se battre sans cesse tout au long du roman, accompagné de son ami, affectionné par les lecteurs et ces dames, Jaskier. Le troubadour est d’ailleurs un personnage intéressant que l’on suit depuis le second tome, si ma mémoire est bonne, qui offre à la série un côté rafraîchissant de l’humour et de la vie de bohème. Sans ce faire-valoir, je doute que Geralt nous semble aussi sombre et héroïque et il est donc particulièrement intelligent de la part de l’auteur de nous proposer des pendants à ses personnages qui soient rafraîchissants au cœur même d’un récit trépidant.
Le scénario est donc excellemment bien mené même si le principe de la quête pour sauver une demoiselle en détresse a déjà été utilisé. Comme je m’y attendais, on se trouve donc avec une petite redite de ce que l’on a pu lire auparavant même si avec talent Andrzej Sapkowski s’en sort très bien. Cette « pirouette » littéraire tient à ses personnages. En fait il parvient à les faire évoluer au fil des tomes et à renouveler l’intérêt que le lecteur a pour eux. Ainsi, il parvient à effacer certaines répétitions de scénarios par un talent de création pour ce qui concerne ses personnages et son univers.
Le fait est que Ciri, Geralt, Jaskier, Yennefer, sont autant de personnages à la fois emblématiques de la fantasy et pourtant totalement uniques. Leur évolution dans un univers bercé de mythologie scandinave et de croyances d’Europe de l’Est, où la morale n’est plus tout à fait semblable à la nôtre et où les monstres sont légion, même s’ils ne sont pas forcément ceux que l’on croit… Andrzej Sapkowski est parvenu à créer en cinq tomes un univers digne, en terme de développement potentiel, des Royaumes Oubliés, pourtant référence en la matière depuis longtemps…
Le style et la traduction sont d’excellente qualité. Caroline Raszka-Dewez, qui a déjà travaillé sur des romans de Sapkowski, sait ce qu’elle fait et cela se sent. Alors bien sûr, il est possible de trouver de-ci de-là quelques tournures maladroites, mais rien qui vienne réellement gêner la lecture.
Le Baptême du Feu est donc un cinquième roman qui aurait pu apparaître en demi-teinte de par un fond scénaristique sans réelle innovation, mais Andrzej Sapkowski parvient tellement à nous faire vivre son récit et peu importe qu’il n’ait pas réellement innové. La saga du Sorceleur est pour moi synonyme de plaisir de tous les instants. Pas de temps morts et un récit de grande qualité, autant d’éléments qui font de cette série l’une des meilleures et l’une des plus pérennes de la fantaisie mondiale…
Le Baptême du Feu
Sorceleur T5
Andrzej Sapkowski
Milady
Traduction de Caroline Raszka-Dewez
7 €