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Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour – S.G. Browne

SGBrowne [500 large]« Si vous ne vous êtes jamais réveillé après un accident de voiture pour découvrir que votre femme est morte et que vous êtes un cadavre animé en putréfaction, alors vous ne pouvez pas comprendre. »

Les zombies sont rares. Une minorité infime à laquelle appartient Andy, pas tout à fait revenu d’entre les morts. Cette semi-vie n’a rien d’enviable. Il se décompose, est relégué par ses parents à la cave, souffre en silence, consulte un thérapeute, se rend au groupe de parole des Morts-Vivants Anonymes. On déprimerait à moins : exclus, méprisés, détestés, laissés pour compte, les zombies n’ont en général pas d’autre destin que d’être relégués à la SPA, servir de cobayes dans les laboratoires, ou même de mannequins pour crash-tests. Sans compter le racisme ordinaire, les « Frat Boys » qui n’ont rien à envier au Ku Klux Klan et s’amusent à immoler ou démembrer les zombies, l’absence de droits civiques ou de protection sociale, l’incapacité d’accéder à un emploi, la non-reconnaissance par la Constitution. Mais Andy  retrouve peu à peu l’espoir, l’amour, le goût de vivre (si l’on peut dire), et devient un militant des droits des zombies. Le destin fera de lui une star, omniprésent dans les tabloïds et sur les plateaux de télévision, et dédicaçant à l’occasion des exemplaires de Shaun of the dead.

« En plus d’améliorer l’apparence physique et d’augmenter la confiance en soi, la viande de respirant possède un effet secondaire : qund on y a goûté, on a tendance à en vouloir davantage. »

Mais il n’y a rien sans rien. Avec habileté, S.G. Browne ne se contente pas des aspects sociologiques et remet l’histoire de zombies sur ses rails. Car cette renaissance imprévue, cet arrêt du processus de décomposition, cette régénération même ne sont pas un cadeau miraculeux. Ce qu’Andy et ses amis ont découvert n’est pas un remède inattendu mais tout bonnement la chair humaine. Andy et ses compagnons de galère étaient jusqu’à présent des handicapés, des victimes. En se redynamisant, ils retrouvent leur véritable nature zombiesque, qui au fond n’est autre que la nature humaine : celle de prédateurs. Mais leur secret, on s’en doute, ne pourra pas être conservé très longtemps.

« C’est une histoire classique de souffrance et de rédemption. Un peu comme La Couleur Pourpre ou le Nouveau Testament. Mais avec quelques scènes de cannibalisme. »

« Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour » : bonne idée que d’avoir choisi ce titre (plutôt que la traduction littérale de « Brothers. A Zombie’s Lament » ) qui n’est pas sans évoquer le classique ethnographique de Roy Lewis, « Comment j’ai mangé mon père ». Car il s’agit bien ici d’un ouvrage mi-ethnographique mi-sociologique, une fable contemporaine sur la différence, l’intolérance et la discrimination.

Que l’on ne s’y trompe pas : sous ses apparences joyeusement morbides, férocement noires et profondément caricaturales « Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour », malgré son aspect de farce macabre, est à la fois essai et tragédie. Tragédie, parce qu’il se révélera au final qu’il n’y a ni gentils ni méchants : les zombies ne conserveront pas jusqu’à la fin leur statut de victime, et que l’on se dirigera à grands pas vers une fin dramatique et classique ; essai parce que l’auteur confirme ce dont nous avions déjà le pressentiment ; aussi affreux et corrompus soient-ils, les zombies ne sont que le miroir et le révélateur de ce que nous sommes. Et le tableau que, par leur biais, S.G Browne dresse des hommes et de la société, même s’il feint par moment de laisser une lueur d’espoir, n’est pas particulièrement flatteur.

Tour à tour grave et léger « Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour », témoigne d’un phénomène inattendu : le zombie, après avoir conquis ces dernières années le grand public, atteint peu à peiu sa phase de maturité. On s’en souvient : les premiers films de Georges Romera avaient déjà une dimension sociologique intéressante. Tout comme l’intéressant « Apocalypse Zombie » de Jonathan Maberry, publié par les éditions Castelmore il y maintenant deux ans, « Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour » se positionne très nettement au-dessus du traditionnel divertissement gore et grand public. Qu’il le fasse en restant facilement lisible et accessible à tous ne gâche rien à l’affaire. Qu’il apparaisse de surcroît comme une mine de citations et de répliques qui pourraient bien, pour les aficionados du genre, lui donner le statut de livre-culte constitue assurément un plus. Autant d’éléments qui pousseront sans doute les lecteurs à lire la suite, « Le Jour où les Zombies ont dévoré le Père Noël », que les éditions Mirobole s’apprêtent à publier en fin d’année.

S.G. Browne

Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski

Couverture : Mark Slingerland / Sean Habig

Editions Mirobole

 

Les éditions Mirobole sur Mythologica :

La chronique des « Furies de Boras » d’Anders Fager :

http://www.mythologica.net/les-furies-de-boras-anders-fager/

La chronique de « Je suis la reine et autres histoires inquiétantes » d’Anna Starobinets :

http://www.mythologica.net/je-suis-la-reine-et-autres-histoires-inquietantes-anna-starobinets/

La chronique de « L’Assassinat d’Hicabi Bey » d’Albert Caniguz

http://www.mythologica.net/lassassinat-dhicaby-bey-alper-caniguz/

 

 

 

À propos Alaric

Lecteur surtout de littérature générale, mais fervent défenseur des littératures de l’imaginaire dès qu’elle transcendent le genre et viennent nourrir, et même enrichir, le domaine précité. Pas très attaché aux étiquettes, donc, et toujours prêt à plonger dans un volume original, en espérant y trouver une de ces œuvres qui sont capables de s’inscrire dans la durée.

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