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Entretien avec Simon Sanahujas, auteur de la série Chroniques de Karn

Photo Simon SanahujasMythologica : Bonjour Simon, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à nos questions. Pourrais-tu te présenter à nos lecteurs qui ne te connaissent pas, et nous expliquer un peu ta carrière littéraire ?

Simon Sanahujas : Ma première publication remonte à 2005, il s’agissait de Suleyman qui, avec L’emprise des rêves (sorti en 2008), forme un diptyque de science-fiction sur la thématique du multivers. Je ne m’en rendais pas compte à l’époque, mais ce jeu des possibles et des réalités parallèles n’a jamais cessé d’imprégner mes travaux depuis. Le personnage de Karn apparaissait déjà dans l’un des univers développés dans cette série, et une bonne partie des nouvelles que j’ai écrites traitent également de cela, notamment l’une des dernières en date – Le Marchand de réalités – dans laquelle des univers différents coexistent dans une même trame narrative, avec tous les problèmes que cela peut engendrer…

Mais ma grande passion littéraire, celle par laquelle je suis venu à l’écriture adolescent, c’était la fantasy. Parallèlement à la rédaction de ce diptyque, des nouvelles et d’autres projets plus décalés, j’en ai toujours écrit. De fait, les Chroniques de Karn sont bien plus vieilles que ce que leurs dates de parution peut laisser penser (2011 pour Nereliath et 2012 pour Seuls les Dieux). Seuls les Dieux a été rédigé peu avant la sortie de Suleyman, et Nereliath quelques années après. Quant à Rancœur qui paraît aujourd’hui, il s’agit a contrario de mon dernier roman puisque sa rédaction m’a occupée durant la majeure partie de l’année 2013. Il s’agit d’ailleurs d’un texte plus adulte, où l’ambiance et les thématiques abordées sont beaucoup plus sombres, par rapport notamment à l’insouciance qui caractérise de mon point de vue Nereliath.

Enfin, au-delà des romans, j’ai travaillé sur de nombreux projets annexes. Il y a tout d’abord eu Les nombreuses vies de Conan, un énorme essai qui m’a occupé pendant presque deux ans, et qui a vu le jour chez les Moutons électriques en 2008. Dans la continuité, j’ai travaillé avec les Moutons sur trois livres plutôt inclassables, des récits de voyage où je partais en compagnie du photographe Gwenn Dubourthoumieu pour tisser des passerelles et des liens entre des œuvres de fiction et des territoires réels. Nous avons ainsi parcouru le Texas à la recherche de Conan le Cimmérien (Conan le Texan en 2008), puis le Gabon autour de Tarzan (Sur la piste de Tarzan en 2010) et plus dernièrement la Roumanie et l’Angleterre à la recherche de Dracula et Vlad Tépès (A la poursuite de Dracula en 2012).

Et ces derniers temps, je m’investis de plus en plus dans des projets aux frontières de la littérature. J’écris des textes de chanson pour différents groupes, et j’ai notamment participé à un projet super enthousiasmant : Suleyman Symphonic Suite. Il s’agit d’une sorte d’Opéra Rock adaptant l’histoire et les thématiques de L’emprise des rêves, avec le groupe d’électro-pop Milamarina et un orchestre symphonique. La pièce a été créée à la Cartonnerie de Reims en février 2014, et sera rejouée au moins une fois (et bien plus nous l’espérons), dès le début 2015. Et pour finir (enfin !), je m’adonne de plus en plus à des œuvres graphiques jouant avec les textes, en collaboration avec des artistes de la Fileuse/Friche artistique de Reims et principalement avec ceux du collectif BRONCA, un groupe d’artistes pluridisciplinaires dont je fais partie depuis 2010.

Voilà… je crois bien que j’ai fait le tour…

M. : Parlons maintenant de l’événement à venir, la sortie du troisième tome des aventures de Karn, intitulé Rancoeur en revenant tout d’abord sur les deux premiers opus. J’avais eu le plaisir de les publier à l’époque chez Asgard, maison aujourd’hui disparue, ou en train de disparaître. Pourquoi ce choix de revenir chez Rivière Blanche pour publier la suite ?

S. S. : Cela a été une belle expérience de publier les deux premiers livres chez Asgard. Mais le milieu de l’édition ne va pas très bien en ce moment, c’est le moins que l’on puisse dire, et j’ai bien peur que la mésaventure qui est survenue à Asgard ne soit amenée à se répéter de plus en plus souvent… Quant au choix de me tourner à nouveau vers Rivière Blanche, il est venu de plusieurs contraintes. Tout d’abord, Rancœur est un roman important pour moi en cela qu’il a été conçu et rédigé durant une période plutôt sombre et mouvementée de ma vie. Toutes les histoires de Karn traitent de choses qui me sont plus ou moins personnelles, mais ce texte-ci l’est de manière particulière. En conséquence, je ressentais un besoin urgent de le voir publié : l’état d’esprit particulier dans lequel je me trouvais durant cette rédaction se situe derrière moi désormais, et j’avais donc besoin de voir ce bébé publié afin de tourner définitivement la page et de passer sereinement à autre chose. Dans le même état d’esprit, il s’agit très certainement de mon dernier roman de fantasy, ou tout du moins du dernier avant longtemps, d’où une urgence égale de le voir sortir et de passer à la suite sans que tout se chevauche. Enfin, Rancœur est le troisième volet d’une série et, à ce titre, je voyais difficilement un éditeur classique prendre le risque de ce type de publication. A toutes ces contraintes, Rivière Blanche représentait l’évidente réponse. De par leur système de fonctionnement, ils peuvent prendre ce type de risque, tout comme leur catalogue possède une souplesse permettant la sortie rapide à laquelle j’aspirais. Enfin, au-delà d’avoir été le premier éditeur à me faire confiance, Philippe Ward est quelqu’un que j’apprécie énormément et avec qui j’adore travailler, des caractéristiques qui font que je le considère aujourd’hui autant comme un éditeur que comme un ami. Ce fut donc tout naturellement, et avec grand plaisir, que je me suis à nouveau tourné vers lui.rancoeur [500]

M. : Parlons un peu plus du roman en lui-même. Comment as-tu envisagé cette fin, ou du moins ce dernier tome, pour les Chroniques de Karn ?

S. S. : L’idée est assez vieille : elle remonte à 2010 de mémoire. A la base il s’agit d’une histoire de trahison et de vengeance. On retrouve un Karn encore une fois différent, plus vieux d’une demi-douzaine d’années, qui s’est intégré au sein du plus puissant des royaumes jusqu’à devenir général en chef de ses armées. Durant cette période, Karn a donné sans compter, a sacrifié son être à la gloire de ce royaume pour lequel il a notamment remporté plusieurs guerres. Mais l’ouverture de Rancœur nous montre un Karn brusquement menacé de mort par ceux qu’il a servi, et qui tente, seul contre tous, de sauver sa vie. Son premier réflexe est alors de s’enfuir, comme il l’a fait durant toute sa vie auparavant : fuir pour survivre, abandonner causes et investissement sans réfléchir, par réflexe, en se cherchant continuellement et en reniant systématiquement les personnages qu’il a un temps voulu devenir. Mais cette fois, Karn va aller à l’encontre de ce vieux réflexe qui a dirigé l’ensemble de sa vie : il refuse la fuite et, seul, entre en guerre contre un royaume. Voilà grosso modo pour l’idée de base, à laquelle il faut ajouter une ville pourrie par la civilisation, une pègre avec une galerie de personnages façon cour des miracles, des égouts, des manipulateurs de tous bords et, bien sûr, des tentacules !

Cela dit, à l’origine il ne s’agissait pas d’une fin, plutôt d’une passade certes sombre dans la vie du personnage. C’est en y travaillant que j’ai pris conscience d’un autre potentiel : que cette idée recelait en elle quelque chose de beaucoup plus profond lié à l’intimité du personnage, quelque chose qui sans être réellement une fin pouvait, au regard des postures psychologiques présentées dans les deux premiers romans et les nouvelles qui les accompagnent, recouvrir l’image d’un dénouement satisfaisant. De fil en aiguille, la transformation du personnage s’est faite plus intime, le désir de vengeance s’est révélé receler autre chose, et la fin est complètement différente de celles de Nereliath, Seuls les Dieux, ou du dénouement d’un simple objectif de vengeance. Le personnage se révèle enfin, et la dernière image du roman m’est apparue comme une évidence, quelque chose qui colle, de par la compréhension nouvelle qu’elle implique, aux errements des précédents volets.

M. : Que vont devenir Nereliath et Seuls les Dieux suite à la chute d’Asgard ? As-tu déjà des pistes pour les rééditer ?

S. S. : Une fois que Philippe Ward a eu accepté de publier Rancœur, nous avons immédiatement évoqué différentes pistes pour que les deux premiers volumes soient à nouveau disponibles. Même si Rancœur, comme tous les romans de la série, est une histoire qui peut se lire indépendamment du reste, elle fait appel à différentes informations apparues dans les autres volets et, cela ajouté à la psychologie de Karn qui franchit un stade à chaque roman, il nous a paru important de tout mettre en œuvre afin que le lecteur puisse y avoir accès. Après les possibilités sont multiples (intégrale, numérique, poche, etc.) tout comme les éditeurs potentiels. Je n’en dis pas plus pour l’instant mais il est presque sûr aujourd’hui que Nereliath et Seuls les Dieux reverront le jour. Pour l’instant, Philippe et moi nous concentrons sur Rancœur.

M. : Tu as, a priori, d’autres projets d’écriture, notamment hors de la fantasy. Quels sont-ils ?

S. S. : J’ai commencé un roman de littérature générale au début de l’année, un projet qui me tient à cœur depuis longtemps mais dont je repoussais régulièrement l’entame. Il s’agit d’un texte psychologique et contemporain, centré sur des problématiques que je retrouve chez moi et dans la plupart des trentenaires de mon entourage. Il s’agit d’un travail à l’opposé de tout ce que j’ai fait en matière de littérature jusque-là, mais c’est absolument enthousiasmant. Cela m’a fait bizarre au-début quand je me suis rendu compte que je n’avais pas écrit la moindre scène de bagarre en 150 pages ! Mais je prends un plaisir immense à ce travail et je crois que cette rédaction va m’occuper pendant un bon moment. Ensuite j’ai quelques idées de science-fiction et d’anticipation proche, mais rien qui ne relève plus de la fantasy. Et puis les projets pluridisciplinaires sur lesquels je travaille avec le collectif BRONCA m’accaparent énormément et me font voir la littérature non pas comme une fin en soi mais un outil aux multiples usages dans le monde de l’art de manière générale. Il est fort probable que je travaille de plus en plus dans cette direction. Le fait de collaborer avec des plasticiens, des musiciens, des comédiens, m’a en quelque sorte ouvert à de nouveaux univers, et c’est quelque chose de tout à fait exaltant.

M. : Seras-tu présent sur quelques salons cette année, à la rencontre de tes lecteurs ? Si oui, lesquels ?

S. S. : Je suis invité par la ville de Brive pour sa fameuse Foire du livre, qui aura lieu du 7 au 9 novembre 2014. Il s’agira du gros rendez-vous de lancement pour Rancœur. Après il y aura aussi une dédicace à la Fnac de Reims et probablement d’autres salons par la suite.

M. : Merci beaucoup en tout cas de tes réponses et à bientôt à travers les aventures de Karn dans Rancoeur !

À propos Thomas Riquet

Passionné de littératures de l'imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site. Depuis 2011 il est également anthologiste et directeur de la collection Reflets d'Ailleurs (Fantasy) des Editions Asgard, sous son vrai nom. Ce faisant il assure également la direction littéraire d'anthologie lorsque tous ses boulots lui en laissent le temps, ce qui arrive trop rarement à son goût..

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