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Les Porteurs de deuil – Robert Darvel

Les porteurs de deuilQui ne se souvient pas des aventures du fameux Harry Dickson, avatar d’un autre et non moins fameux détective londonien, autrefois écrites ou réécrites par l’immortel auteur de « Malpertuis » ? Immortel, Harry Dickson l’est sans doute également dans la mesure où ses aventures ont maintes fois été rééditées et son personnage moult fois repris par d’habiles continuateurs et tisseurs de pastiches.

Avec « Les Porteurs de Deuil » le lecteur s’aventure donc une nouvelle fois  sur les traces inquiétantes du célébrissime Jean Ray. Car c’est dans la narration de nouvelles aventures du « Prince des détectives » que s’est lancé le lui-même inénarrable Robert Darvel, connu dans les cercles de l’épouvante sous l’effrayant sobriquet de Carnoplaste, entité propre à modifier la chair humaine dans un sens qui, on s’en doute, déplairait quelque peu aux précieuses et aux élégantes.

Et c’est en effet dans une frénésie carnoplastique que se déroule cette aventure où – étrange ! affreux ! incompréhensible ! – les cadavres des gentlemen se mettent à changer de visage. Comment diable les chers défunts peuvent-ils, une fois leur ultime révérence effectuée, continuer à duper leurs proches et même les enquêteurs ? Qui est cet assassin porteur d’ailes et d’une faux puissamment létale ? Quelle est cette étrange et dissonante chorale dans laquelle se dissimulent, peut-être, des individus maléfiques ? Et est-il bien prudent de prendre le funiculaire qui mène à cet étrange manoir ?

Heureusement, si le Yard, fidèle à son habitude, patauge lamentablement, Harry Dickson, aidé de son fidèle associé, le jeune Tom Wills, ne se laisse pas démonter une seule seconde. Fausses pistes et dangers véritables, évènements étranges et en apparence occultes ou incompréhensibles ne parviendront pas à entamer son flegme légendaire.

Avec bonheur, et à travers la mention par le facétieux Tom Wills d’affaires plus invraisemblables les unes que les autres et la description sans complaisance de représentantes du beau sexe particulièrement hideuses, Robert Darvel instille la dose d’humour qui, peut-être, manquait au maître flamand. L’aspect théâtral ouvertement revendiqué fait partie du genre – on ne s’étonnera pas de voir figurer dans cette aventure le grand Terence Fischer, encore jeune. Et les explications et péripéties volontairement et parodiquement invraisemblables ont le mérite, outre de faire sourire le lecteur, de nous inciter à remplacer le néologisme déjà classique de capillo-tracté par celui de capillo-décontracté.

De surcroît, l’on recommandera chaudement la lecture des « Porteurs de deuil » à la jeunesse, car ses vertus didactiques sont incomparables. Les quelques coquilles – rituel d’époque – sont en effet abondamment compensées par la découverte ici et là de représentants d’un vocable classique et peu usité comme engobe, vénéfice ou maremmatique, et les pauvres diables qui l’ignoraient encore apprendront que « doublet est un homonyme exact d’homonyme ». Plus encore, l’aspect didactico-culinaire de ce fascicule est tout particulièrement unique. Ceux dont l’estomac ne s’est pas encore aventuré outre-manche y découvriront que ces maudits anglais  se repaissent dominicalement de Toad-in-the-hole (littéralement « crapaud dans le trou », en fait d’immangeables saucisses dans un de ces composites dont ils détiennent le terrible secret) et de bien d’autres choses immondes. Mieux encore, les lecteurs apprendront, en rencontrant un personnage concomitamment spécialisé en gastronomie et en poisons exotiques, grand amateur de pâté de foie de condor, qu’il existe un plat à base de glandes de salamandres rares, lesquelles contiennent hélas un venin immuablement mortel « dont la saveur est si fine et irrésistible qu’est mentionné dans certains livres de gastronomie occulte le cas de gourmets accomplis qui en font leur ultime repas ». Nos chères têtes blondes en déduiront peut-être que la gourmandise est un vilain défaut – mais, en attendant, on salive et on tremble.

A noter que notre carnoplastique auteur a déjà écrit une dizaine de fascicules consacrés au détective londonien et qu’il projette d’en commettre au moins dix autres encore. Présentées sous la forme de fascicules à l’ancienne, exactement comme l’étaient les récits originaux, dont elles respectent la numérotation, ces nouvelles aventures ont le charme unique des choses que l’on pourrait croire passées mais qui n’en finissent pas de renaître. Robert Darvel Les Porteurs de deuil Couverture Isidore Moeduns Editions Le Carnoplaste

Les éditions Le Carnoplaste sur Mythologica : «

Revoir Rome », par Tristan Lhomme http://www.mythologica.net/revoir-rome-tristan-lhomme/

« La Mort aux tentacules de poussière » de Robert Darvel http://www.mythologica.net/la-mort-aux-tentacules-de-poussiere-robert-darvel/

Le site du Carnoplaste : http://lecarnoplaste.fr/

À propos Alaric

Lecteur surtout de littérature générale, mais fervent défenseur des littératures de l’imaginaire dès qu’elle transcendent le genre et viennent nourrir, et même enrichir, le domaine précité. Pas très attaché aux étiquettes, donc, et toujours prêt à plonger dans un volume original, en espérant y trouver une de ces œuvres qui sont capables de s’inscrire dans la durée.

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