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Noir septembre – Inger Wolf

Noir septembreAprès « Nid de guêpes » et « Mauvaises eaux », précédemment parus aux éditions Mirobole, « Noir septembre » est le troisième roman de la danoise Inger Wolf traduit en français. Troisième aventure à Arhus, donc, pour le commissaire Trokic, d’origine croate, qui sait ce que les horreurs de la guerre veulent dire.

Des horreurs, il n’en est pas vraiment privé dans son métier, et ce matin-là l’horreur en question est une jeune femme égorgée sur son parcours de footing, avec sur la poitrine un bouquet de fleurs séchées – des ciguës – en guise de bouquet funèbre. Rapidement, l’enquête se heurte aux tromperies des uns et des autres. Pas un témoin, pas un suspect, pas une connaissance de la victime qui ne soit à un moment ou à un autre pris en flagrant délit de mensonge. Que ce soit Irène, la co-thésarde de la victime (laquelle travaillait sur une thèse d’anthropologie ) qui affirme contre toute évidence n’avoir pas connu l’ami de cette dernière, que ce soit son voisin qui a menti en disant n’être pas sorti ce soir-là, que ce soient d’autres personnes, tous semblent avoir quelque chose à cacher.

Le commissaire Trokic – grand amateur de Joe Satriani, et, au risque d’importuner son entourage, du groupe métalleux Rammstein – essaie donc de se dépêtrer dans cet écheveau et de trouver la bonne piste. Il est par bonheur aidé par un de ses collègues favoris, le jeune Jacob, par Lisa, une spécialiste de l’informatique ravie d’aller pour une fois sur le terrain, et par Bach, le médecin légiste, qui lui apporteront tous une aide précieuse. Mais bientôt surgit un autre cadavre, celui d’un ami de la victime, disparu depuis un moment. Lequel, psychiatre, travaillait aussi dans la recherche pharmaceutique. Rapidement, certains de ses collègues sont eux aussi convaincus de mensonge. Puis apparaît une curieuse main desséchée, sur laquelle est inscrit le mot grec « Eudaimonia ». S’en mêle une secte de mystiques, « L’Ordre Doré », qui, peut-être, aurait la clef de tous ces mystères.

L’action est ramassée sur huit jours, et narrée de façon particulièrement nerveuse au long de soixante-treize chapitres très brefs, de quelques pages chacun. Rançon inévitable de ce découpage, quelques aspects superficiels empêchent « Noir septembre » de se hisser au rang des polars de tout premier plan. En effet, certains dialogues correspondant aux interrogatoires de suspects sont si brefs qu’ils semblent peu crédibles et la psychologie des personnages, que cela soit celle des investigateurs ou celle des suspects reste assez superficielle. De même, on, s’étonnera de ce que des enquêteurs chevronnés prennent pour argent comptant ce qu’on leur dit sans toujours vérifier ou, en découvrant près d’un corps un message d’adieu, concluent d’emblée au suicide sans avoir un seul instant l’idée de vérifier l’authenticité de cette lettre.

Si l’on a quelques réserves, donc, force est d’admettre que ce choix narratif est par ailleurs tout à fait efficace, conduisant le lecteur sans temps mort au bout des trois cent quarante six pages et transformant, sur le dernier tiers du roman, cette investigation policière classique en véritable thriller. Car s’y mêlent bientôt des enjeux financiers liés à la découverte probable d’une molécule d’intérêt thérapeutique majeur, élément permettant à Inger Wolf d’introduire, à travers les questionnements de ses personnages, d’intéressants questionnements éthiques sur les limites de ce que l’on peut et doit guérir, et – problème que l’on se pose rarement – sur ce qui pourrait se passer si l’on parvenait à banaliser jusqu’à l’extrême les médicaments à visée psychiatrique en parvenant à leur soustraire l’intégralité de leurs effets indésirables.

« Noir septembre » apparaît donc comme un très honnête polar, tendu, rythmé, et qui, non content d’aborder une belle variété de personnages (sociologue, loosers, ethnographe, chercheurs et autres), multiplie habilement les fausses pistes avant de faire apparaître un criminel particulièrement retors. Est-ce suffisant pour sortir du lot dans la déferlante incessante des polars nordiques ? Il est difficile de le dire, mais, après « Nid de guêpes » et « Mauvaises eaux », Inger Wolf et son commissaire Daniel Trokic, en s’inscrivant sur la durée et dans la série, commencent au moins à tracer leur sillon.

Noir septembre
Inger Wolf
Traduction de Frédéric Fourreau
Couverture : Chloé Madeline
Editions Mirobole

Les éditions Mirobole sur Mythologica :

La chronique de « Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère, et retrouvé l’amour » de S. G. Browne : http://www.mythologica.net/comment-jai-cuisine-mon-pere-ma-mere-et-retrouve-lamour-s-g-browne/

La chronique des « Furies de Boras » d’Anders Fager : http://www.mythologica.net/les-furies-de-boras-anders-fager/

La chronique de «  Je suis la reine et autres histoires inquiétantes » d’Anna Starobinets : http://www.mythologica.net/je-suis-la-reine-et-autres-histoires-inquietantes-anna-starobinets/

La chronique de « L’Assassinat d’Hicabi Bey » d’Albert Caniguz  http://www.mythologica.net/lassassinat-dhicaby-bey-alper-caniguz/

À propos Alaric

Lecteur surtout de littérature générale, mais fervent défenseur des littératures de l’imaginaire dès qu’elle transcendent le genre et viennent nourrir, et même enrichir, le domaine précité. Pas très attaché aux étiquettes, donc, et toujours prêt à plonger dans un volume original, en espérant y trouver une de ces œuvres qui sont capables de s’inscrire dans la durée.

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